Les religions et la guerre

On ne peut ignorer qu’historiquement les religions ont souvent motivé ou couvert des entreprises belliqueuses, à commencer par la conquête de la « Terre promise » racontée par la Bible.

Or le moins qu’on puisse dire en ce début du XXIe siècle, c’est que le combat mondial pour la convivialité entre les religions n’est pas gagné d’avance. On ne peut ignorer qu’historiquement les religions ont souvent motivé ou couvert des entreprises belliqueuses, à commencer par la conquête de la « Terre promise » racontée par la Bible.

L’expansion musulmane sur trois continents entre le VIIe et le XVIe siècle a cherché ses justifications dans le Coran et le mot djihad, primitivement synonyme d’« effort », a pris au cours des siècles et conserve encore trop souvent aujourd’hui le sens de « guerre sainte ».

En revanche la diffusion du christianisme durant les trois premiers siècles de son existence s’est effectuée sous le signe de la non-violence. Mais les chrétiens, ensuite, se sont, hélas !, rattrapés : croisades, Inquisition et guerres de Religion ont pendant six cents ans au moins déshonoré la croix du Christ. Enfin, les pires guerres de Religion de l’histoire se sont déroulées entre hindous et musulmans. Celle qui a suivi la partition de l’Inde en 1947 a mis sur les routes douze millions de réfugiés et engendré le massacre de plus d’un million de victimes.

L’Eglise catholique, au seuil du XXIe siècle, a eu le courage de reconnaître à la face du monde ses péchés historiques d’intolérance et violence. Mais jusqu’à présent, à l’échelle mondiale, cet aveu et ce repentir ont été peu imités. De sorte que nos contemporains sont tentés de penser que « tout dogme suinte l’intolérance » et pousse vers l’intégrisme, dont le régime des Talibans a donné le plus sinistre modèle. Les religions ont donc une forte pente à remonter pour convaincre le monde de leur volonté de paix.

Jean Delumeau : Guetter l’aurore, p. 206