Les intégrismes ont surgi dans l’histoire à intervalles réguliers

On ne saurait lutter contre l’intégrisme sans prendre en compte les attentes, les sensibilités, les déchirements des peuples musulmans tombée gravement dans cette perversion.

Les intégrismes ont surgi dans l’histoire à intervalles réguliers. C’est à eux que s’est opposé Jésus en son temps. L’Eglise des siècles de l’inquisition (du XIIIe au XVIIIe siècle) est tombée gravement dans cette perversion. Et aujourd’hui, on voit bien que toute une partie du monde musulman est susceptible d’y sombrer, à cause des innombrables frustrations que des peuples trop méprisés par l’Occident dominateur ont accumulées. Mais qui est la première et la principale victime de ces intégrismes, sinon les peuples musulmans eux-mêmes ?

Quand, au cours de l’année 1996, les talibans afghans, cette armée d’étudiants en religion, ont pris possession de Kaboul, ils ont eu pour première préoccupation d’enfermer les femmes dans les maisons et de leur imposer le port d’un lourd voile signifiant leur soumission à un ordre masculin plus que divin. Ils ont aussi ordonné la suppression des volières dans les demeures, comme si le chant des oiseaux pouvait distraire l’homme du souvenir de Dieu. Et là où ont été imposés des régimes islamiques durs, par exemple en Iran et au Soudan, on sait que ceux-ci ont provoqué l’effondrement des économies et la stérilisation de toutes les forces créatrices.

Cet intégrisme musulman qui enfle dans le monde, et qui se présente comme porteur d’alternatives politiques en un certain nombre de contrées, fait davantage peur que d’autres intégrismes, parce que nous sommes dans un contexte international où cet intégrisme-là a des chances de parvenir au pouvoir - ce qui n’est pas le cas des intégrismes catholiques, protestants ou juifs. On ne saurait, en tout cas, lutter contre lui sans prendre en compte les attentes, les sensibilités, les déchirements des peuples musulmans. Des peuples désespérés, aux économies ruinées par des régimes dictatoriaux généralement soutenus par l’Occident, peuvent - on l’a vu en Iran - se jeter dans les bras de ceux qui feront davantage leur malheur.

Extrait de « Nous avons tant de choses à nous dire : Pour un vrai dialogue entre chrétiens et musulmans » par Rachid Benzine et Christian Delorme, p 207 sv