L’Eglise a toujours cherché à domestiquer la vie religieuse

« Quoiqu’on puisse affirmer à propos de la vérité historique de son développement, le fait est que l’Eglise a toujours cherché à domestiquer la vie religieuse - un peu à la manière de quelqu’un cherche à domestiquer un mustang fringant – bien qu’aucune loi canonique n’ait jamais vraiment été en mesure de freiner l’irrésistible élan de l’esprit.
A chaque fois la vie religieuse est sortie des sentiers battus pour chercher à atteindre l’inatteignable, même si ce faisant, elle s’est bien souvent rendue illicite aux yeux de l’institution ecclésiastique.

La vie religieuse a engendré des communautés chrétiennes
au beau milieu du chaos social.

  • Elle s’est portée à la rescousse de la culture pour l’arracher aux griffes des barbares,
  • elle a répondu aux besoins de femmes acculées à l’analphabétisme par les systèmes mâles où elle évoluait,
  • elle a honoré les malades, les moribonds, les laissés pour compte de la société,
  • elle a accueilli les orphelins,
  • elle a veillé sur les esclaves,
  • elle s’est faite le porte parole des exclus de la terre et
  • elle s’est aventurée bien au-delà des frontières de chaque nation afin de tendre une main secourable aux étrangers.

De ce point de vue, cette époque de la vie religieuse n’est en rien différente des époques tout aussi difficiles qui l’ont précédée.

  • Les religieux ont aujourd’hui abandonné leurs uniformes médiévaux pour devenir les ferments de paix d’un monde menaçant.
  • Ils ont défié les tabous afin de cheminer en compagnie des défavorisés, des homosexuels et des excommuniés.
  • Ils ont quitté les institutions solidement établies, naguère révolutionnaires, afin d’en créer de nouvelles, qui furent une fois de plus à peine tolérées : des soupes populaires, des centres d’accueil pour les femmes battues, des maisons d’hébergement pour les sans - abris, des centres de paix et de justice dans un monde où la violence est devenue un mot d’ordre théologique.
    Si la vie religieuse a toujours été quelque chose de désordonné et de débraillé au cœur de l’Eglise, c’est aujourd’hui le cas plus que jamais.

La « dimension prophétique » de l’Eglise

Certains l’identifient comme la « dimension prophétique » de l’Eglise, d’autres comme un « charisme ». Mais au-delà des appellations, l’essentiel est de reconnaître que le charisme est un don accordé afin d’être reconnu et transmis, ni une organisation conçue pour être mieux contrôlée. Tous les dogmes de la chrétienté ne pourraient jamais créer de toute pièce, à coups de législation, ce qui ne circule pas déjà au plan spirituel. »

Joan Chittister « Le feu sous les cendres »