Comment les Chrétiens considèrent Mahomet

Le don divin de prophétie est un élément essentiel de la tradition prophétique dans l’Ancien et le Nouveau Testament. Il atteint son plus haut point en Jésus-Christ, qui est le Verbe de Dieu fait homme et le prophète par excellence.

En Jésus-Christ notre foi trouve ‘son début et son achèvement’ (Hébreux,12.2). La prophétie se poursuit dans l’Eglise qui demeure prophétique jusqu’à la fin des temps, non seulement par l’enseignement qu’elle contient mais aussi par sa vie dans sa totalité comme peuple de Dieu, inspiré par l’Esprit Saint.

L’esprit de prophétie peut être actif
au-delà des limites de l’Eglise visible

Toutefois, l’esprit de prophétie peut être actif au-delà des limites de l’Eglise visible. Il en a été ainsi pour des saints, hommes et femmes, de l’Ancien Testament comme Melchisédech, Job et la Reine de Sabba. Justin, le martyr du 2e siècle a discerné dans un certain nombre de prophètes ou de voyants du paganisme (les Sibyles par exemple) le présence de ‘semences du Verbe’.

Plus récemment quelques théologiens sont même allés plus loin. Par exemple, durant la seconde rencontre islamo-chrétienne de Tunis (1979), Claude Geffré (Professeur à l’Institut Catholique de Paris) a dit publiquement qu’il pensait que la révélation donnée à travers Mahomet était parole de Dieu tandis que le Christ, qui est plus qu’un prophète, est lui-même la Parole de Dieu.
Par la suite, les théologiens appartenant au GRIC (Groupe de Recherche islamo-chrétien, fondé en 1977) ont admis la présence dans le Coran d’une ‘parole de Dieu, authentique mais différente…’ de celle de la Parole de Dieu donnée en Jésus-Christ. Les différences et même les contradictions (par exemple la négation par le Coran des mystères occupant une place centrale dans la foi chrétienne comme l’Incarnation et le Trinité) devaient être considérés comme le résultat d’une médiation humaine, le canal à travers lequel la Parole de Dieu doit passer d’une manière inévitable.

Dans les autres traditions chrétiennes on rencontre de pareils développements parmi les théologiens.
Dans l’étude de Kenneth Cragg intitulée Mahomet et le Chrétien, cet évêque anglican, spécialiste renommé de l’Islam, invite les Chrétiens à reconnaître ouvertement que Mahomet était vraiment un prophète tout en maintenant que Jésus est ‘plus qu’un prophète’.

La position du second Concile du Vatican

Le second Concile du Vatican n’a pas fait de déclaration définitive sur cette question mais il a bel et bien encouragé un changement vers un esprit d’ouverture de manière générale à l’égard de l’Islam de la part de l’Eglise. Cependant il n’a jamais mentionné le nom de Mahomet. Il a déclaré que ‘l’Eglise regarde les Musulmans avec estime’ (ce qui était vraiment quelque chose de nouveau !) et mentionne les doctrines et les rites musulmans qui méritent un telle estime, sans nier les différences essentielles.

En incitant les Chrétiens à estimer les Musulmans comme des croyants et des adorateurs du Dieu unique, le Concile rejette implicitement toutes les polémiques et affirmations de caractère négatif du passé à l’égard de Mahomet. Car il a fondé cette communauté avec son ‘beau modèle de conduite’ ainsi que le dit le Coran (33 :21).

Jean-Paul II a parlé de véritable fraternité spirituelle
entre le Christianisme et l’Islam

Chaque fois que des rencontres avec des Musulmans se sont produites, les papes Paul VI (1897-1978) et Jean-Paul II (1920-2005) ont encouragé cet esprit de fraternité dans la foi au Dieu unique, plus particulièrement avec Jean-Paul II dans ses discours aux chrétiens de Turquie (Ankara, novembre 1979) et aux jeunes musulmans dans le stade de Casablanca (17 août 1985) discours dans lequel le pape a parlé de véritable fraternité spirituelle entre le Christianisme et l’Islam.

Les Chrétiens encouragés à reconnaître
les valeurs religieuses et éthiques des Musulmans

Des conférences régionales d’évêques et des séminaires théologiques ont produit des déclarations similaires. Par exemple la Conférence Internationale de théologie à Nagpur en Inde en 1971 a déclaré de manière générale que ‘les écritures et les rites des religions du monde, à des degrés variés, peuvent comporter des révélations divines et des voies de salut’. Dans son discours d’ouverture à la session du 2e Congrès islamo-chrétien de Cordoba (mars 1977), le Cardinal Tarancon,à l’époque archevêque de Madrid et président de la Conférence des évêques espagnols, a invité les Chrétiens à reconnaître la dignité de prophète à Mahomet, particulièrement à cause de sa foi en Dieu, de sa lutte contre le polythéisme et de sa soif de droiture.
A une date aussi ancienne que le 8e siècle le patriarche Nestorien Timothée a parlé en termes similaires, à Bagdad, dans son dialogue avec le calife Al-Madhi, disant que ‘Mahomet a marché sur la voie des prophètes’.
Ainsi des Chrétiens ont été encouragés à reconnaître les valeurs religieuses et éthiques qu’on distinguait chez les Musulmans dès l’origine et encore aujourd’hui sans renoncer en même temps à rien d’essentiel de leur foi chrétienne. Par conséquent la voie est ouverte aux Chrétiens pour reconnaître une parole venant de Dieu dans le Coran et quelque chose de prophétique dans la mission de Mahomet.

D’après un texte diffusé en anglais sur Internet
cf : http://www.answers-to-muslims.com/