L’Église paie des erreurs passées

L’Église paie probablement le prix d’un discours déséquilibré, car elle a peut-être passé plus de temps à définir les normes de conduite qu’à transmettre le message d’amour de l’Évangile.

L’Église paie des erreurs passées. (p. 35)

L’Église paie probablement le prix d’un discours déséquilibré, car dans sa longue histoire, elle a peut-être passé plus de temps à définir les normes de conduite qu’à transmettre le message d’amour de l’Évangile.

Au XIX° siècle, qui n’est pas si éloigné, on prêchait plus sur le respect des commandements de l’Église, le repos dominical, le blasphème, ou les vertus individuelles, que sur la nature de Dieu et la Trinité : la mission propre de la communauté ecclésiale de transmettre la révélation se trouvait quelque peu occultée par l’enseignement proprement moral.

Au lieu d’enseigner l’amour et la miséricorde de Dieu, l’Église se présentait d’abord comme une institutrice morale. Il fallut attendre la seconde moitié du XX° siècle et Vatican II pour que se substitue, dans la liturgie et la catéchèse, à la figure d’un Dieu sévère et juge le Dieu d’amour et de bonté qui se révèle en Jésus-Christ : à l’échelle des siècles, cette évolution apparaît relativement récente. L’attitude ancienne se comprend dans la mesure où l’Église avait la certitude de remplir une mission sociale.

On en prend conscience à travers le discours tenu par les politiques au XIX° siècle dans un monde qui tend à se séculariser mais où l’on respecte la religion pour la contribution qu’elle apporte à l’apprentissage des devoirs à l’égard de la société. En ce domaine les États comptent sur l’Église ; ils n’hésitent pas à faire l’éloge du prêtre comme « officier de morale », selon une expression alors courante. Bonaparte comptait sur « ses évêques » comme sur ses « gendarmes et ses préfets » pour assurer le bon fonctionnement de l’ordre social.