Conditions d’un dialogue entre chrétiens et musulmans

La situation internationale qui s’est installée après le 11 septembre nous dit que nous avons besoin, aujourd’hui plus que jamais d’un dialogue entre les fidèles des différentes religions, spécialement entre chrétiens et musulmans", affirme le patriarche Michel Sabbah.

Mais le patriarche lève aussi le voile sur les ambiguïtés que l’Occidental ne voit pas de prime abord : « Il est nécessaire que l’interlocuteur occidental ait une vraie mentalité religieuse, pour pouvoir comprendre l’interlocuteur musulman et pouvoir conduire un vrai dialogue et pas un dialogue de sourds », affirme le patriarche.

Le patriarche latin de Jérusalem, Michel Sabbah, participe en effet aux travaux de l’assemblée plénière du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.
Il a répondu aux questions de Radio Vatican.

RV- Comment se pose pour vous la question du dialogue ?

MS- La situation internationale qui s’est installée après le 11 septembre nous dit que nous avons besoin, aujourd’hui plus que jamais d’un dialogue entre les fidèles des différentes religions, spécialement entre chrétiens et musulmans, pour mettre au clair tous les points positifs et aussi toutes les différences qui peuvent alimenter de tels phénomènes de terrorisme. Mais un tel dialogue entre chrétiens et musulmans, c’est un dialogue qui se fait dans les pays arabes musulmans, où vivent des Arabes chrétiens et musulmans.

Nous avons nos règles, nos concepts pour dialoguer. Nous savons que notre vocation est d’être des Arabes chrétiens dans un monde arabe musulman et nous faisons partie de ce monde arabe musulman, nous sommes pour ce monde arabe et musulman.
Donc, pour nous le dialogue signifie découvrir ensemble - musulmans et chrétiens - les méthodes les meilleures pour construire ensemble la même patrie, la même culture arabe chrétienne et musulmane.

RV- Et pour ce qui est de la présence musulmane en Occident ?

MS- Il faut faire très attention à une équivoque qui pourrait perdurer.
L’islam, en effet conçoit l’Etat et la religion comme une entité.
Le Musulman est religieux, donc son langage est religieux. L’Européen, l’Occidental… son langage n’est pas toujours religieux, parce qu’en Occident vivent l’athée, le laïc, et le chrétien croyant. Par conséquent, lorsque l’on veut commencer un dialogue en Occident, le partenaire occidental doit d’abord se définir : laïc ? athée ? Chrétien ?

S’il est chrétien et croyant, même s’il vit dans un État laïc, il y a une autre ambiguïté : pour le Musulman, il n’existe que la religion, et pour lui vivre dans la démocratie européenne signifie voir reconnus tous ses droits - en tant qu’être humain et en tant que croyant. Mais il met au service de son être de croyant tous les droits ou les législations démocratiques de l’Occident, justement.

Au moment où l’interlocuteur occidental manifeste une mentalité purement démocratique, il ne peut pas prévoir le développement de la présence musulmane en Occident. Pour éviter cela, il est donc nécessaire que l’interlocuteur occidental ait une vraie mentalité religieuse, pour pouvoir comprendre l’interlocuteur musulman et pouvoir conduire un vrai dialogue et pas un dialogue de sourds.

CITE DU VATICAN, Vendredi 9 novembre 2001
(ZENIT.org)