La romanisation, but du Séminaire français

La romanité est ainsi l’expression ecclésiastique d’une Église combattante, qui prend au sens littéral, sa définition d’Église militante, qui rejette les remises en cause du monde nouveau.

Bref, elle traduit une ecclésiologie pyramidale, la situation impériale du pape disposant de l’autorité, spirituelle et intellectuelle. Il ne s’agit pas seulement, pour les prêtres romanisés, de sentira cum Ecclesia, mais aussi, peut-être surtout, de sentira cum papa, puisque le pape incarne l’Église ou presque. La romanité est ainsi l’expression ecclésiastique d’une Église combattante, qui prend au sens littéral, temporel presque, sa définition d’Église militante, qui rejette les remises en cause du monde nouveau et lance ses troupes à l’assaut du monde moderne afin de le convertir, dans une perspective d’Apocalypse : les temps sont proches, Satan est déchaîné.

La romanisation est le but du Séminaire français, constamment réaffirmé : l’attachement au Pape, à sa personne, à l’obéissance à tout ce qui vient de Rome. Cette romanisation s’accentue dans l’Église de France après 1904-1905 : la Séparation accroît la dépendance à l’égard de Rome ; le développement de la liturgie romaine, de la prononciation romaine du latin, des usages romains, des vêtements romains, des idées romaines, en témoigne.

Le Séminaire français joue donc sans doute un rôle important dans cette évolution : ses anciens élèves sont pour nombre d’entre eux professeurs de séminaire où ils défendent les idées romaines. Mais cette romanisation, qui aboutit à une conceptualisation de la romanité, aux alentours de 1920 apparemment, change en partie de contenu : être romain n’est pas difficile tant qu’on est d’accord avec le pape, avec une tactique de défense interne et externe, moment d’une stratégie de réinsertion de Dieu dans la circulation sociale.

Mais il faut l’être aussi quand on n’est pas d’accord, lorsque la tactique change et qu’elle semble entraîner une mutation de la stratégie. Cette obéissance, cette soumission, devient peut-être le trait dominant de la romanité : pas un alignement sur des idées, sur l’application de la thèse, mais sur les idées du pape régnant, ce qui suppose donc une soumission, une conversion, une réorientation de l’intelligence y compris lorsque le système intellectuel change, lorsque l’antilibéralisme et l’antilaïcisme ne sont plus le référent premier - bref, accepter que toute situation sociale soit hypothèse. Toute l’histoire du P. Le FIoch et du Séminaire français réside dans ce changement qui se produit vers 1920-1927.

(Mémoire Spiritaine n°17 1er semestre 2003 p. 140)

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