Ne pas considérer l’Eglise comme un monolithe

L’Église a toujours été le lieu de courants spirituels concurrents, de débats théologiques acharnés découlant en querelles sociales et politiques.

Autre simplisme, vis-à-vis de l’Église cette fois, qui consiste à considérer celle-ci comme un monolithe. Or, n’importe quel historien sait bien que l’Église a toujours été le lieu de courants spirituels concurrents, de débats théologiques acharnés découlant en querelles sociales et politiques.

Rappelons pour mémoire la querelle entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel aux XIe - XIIIe siècles, la contestation des Cathares et aussi des ordres mendiants à l’aube du XIIIe siècle ; le Jansénisme aux XVIIe-XVIIIe siècles.
Tout cela, sans compter la rivalité entre le clergé séculier et le clergé régulier, le Gallicanisme qui, à partir du Concordat de 1516 met l’Église de France dans les mains du roi, et limite le pouvoir pontifical au spirituel.

La Chrétienté est tout sauf une dictature

N’oublions pas non plus que la société a son mot à dire dans la religion par son refus de se laisser endoctriner, par les stratégies familiales qui cherchent leur propre intérêt plutôt que celui de l’Église, par les superstitions et les traditions religieuses populaires comme les pèlerinages, qu’elles refusent d’abandonner.

N’oublions pas que les clercs qui veulent persuader les fidèles de faire leur salut au moyen de sermons qui nous paraissent aujourd’hui traumatisants sont issus du même monde que leurs auditeurs, qu’ils y ont des parents, des frères , des soeurs, des amis…

N’oublions pas que par son « Tartufe » , Molière est le porte-parole d’un catholicisme traditionnel, empreint de modération, mais aussi ennemi de toute nouveauté, en particulier d’un catholicisme incarné par le dévot. Molière n’est pas, quoi qu’en pensent les esprits laïques, l’ancêtre de la libre pensée, mais un esprit traditionnel qui ne veut pas qu’on change la religion. Le novateur, c’est Tartufe ; le conservateur c’est Molière.

La Chrétienté est tout sauf une dictature : comme l’Absolutisme est obligé de formuler des principes forts parce qu’il a peu de moyens de pression effectifs, l’affirmation du pouvoir ecclésial est impérieuse, mais ses moyens sont dérisoires et les pressions de la coutume, des États, de la société sont énormes.
Paradoxalement, l’État républicain du XIXe siècle est beaucoup plus autoritaire, parce qu’il en a les moyens administratifs, financiers et idéologiques.

A. Lanfrey : Marcellin Champagnat et les Frères Maristes, p 12