La science ne peut tout expliquer

Plus nous savons, et plus nous savons que nous ne savons pas.

Au début du XIXe siècle Laplace espérait appliquer le déterminisme à la totalité de l’univers. Pour une intelligence qui connaîtrait toutes les forces de la nature et la situation des êtres qui la composent, « rien, pensait-il, ne serait incertain ».

Le positivisme du début du xx° siècle adopta ce point de vue : la science, un jour, expliquerait tout, parce que tout est déterminé par des lois qu’il appartient à l’homme de découvrir et d’énoncer. Aujourd’hui, on est moins affirmatif. Non seulement la physique quantique a introduit le « principe d’incertitude » à l’échelle subatomique mais, surtout, plus la science prospecte, et plus elle allonge autour d’elle le périmètre qui sépare le connu de l’inconnu. Ils progressent en même temps l’un et l’autre. Chaque progrès fait apparaître des complexités nouvelles. Chaque problème résolu en fait surgir d’autres. Chaque découverte débouche sur de nouvelles ignorances.

Plus nous savons, et plus nous savons que nous ne savons pas. Or ce que nous ne savons pas est précisément ce que nous aimerions le plus connaître : le sens de la vie et le pourquoi de l’être.

Ce constat ne dévalorise aucunement la science.

Jean Delumeau : Guetter l’aurore, p. 95