Le christianisme du IIIe siècle, religion du Livre et religion de l’entraide

Les communautés s’appuient à la fin du IIIe siècle sur les diacres, chargés des actions sociales et le lecteur qui détient, le plus souvent chez lui, les livres sacrés.

D’ailleurs, en période de persécution, les communautés jugent leurs responsables — évêques, diacres et sous-diacres - suivant la manière dont ils ont rempli leur devoir d’entraide et leur fonction de redistribution.

L’augmentation et la spécialisation des ministères, dans les Eglises, sont d’ailleurs un corollaire du développement de leurs entreprises. Il est significatif que le fonctionnement des communautés s’appuie à la fin du IIIe siècle sur deux chevilles ouvrières : les diacres, chargés des actions sociales depuis les débuts du christianisme, dont Laurent devient à Rome la figure emblématique, et le lecteur, qui est trop souvent oublié mais dont l’influence est patente dans les Actes des martyrs.
C’est lui qui détient, le plus souvent chez lui, les livres sacrés utilisés dans les assemblées liturgiques ; c’est lui qui doit les recopier et être capable de les interpréter. Sa fonction se confond plus ou moins avec celle de catéchiste. Ainsi se dessinent les deux axes majeurs du christianisme du IIIe siècle, religion du Livre et religion de l’entraide, tout à la fois religion du croire et religion du faire.

Le principal développement de l’entraide et du mutualisme chrétien se fait en direction de l’assistance funéraire, ce qui rapproche encore les communautés chrétiennes des autres associations du monde antique, dont c’était depuis toujours le champ d’action privilégié, en particulier dans les collèges d’indigents que l’État romain a toujours autorisés.
C’est sous l’épiscopat de Zéphyrin, entre 199 et 217, que l’Église de Rome acquit un lieu de sépulture communautaire dans un cimetière souterrain de la via Appia, qui datait de l’époque augustéenne. La gestion en fut confiée à Calliste (ou Callixte), un banquier, plus tard élu évêque.

L’archéologie des catacombes montre que la structuration communautaire de la société demeurait familiale et associative, comme au temps de Paul : les sépultures collectives sont souvent à la taille d’une familia, avec de 4 à 10 places, tandis que des cubicula plus spacieux, avec de 30 à 50 places, pouvaient correspondre à une familia plus étendue ou à une association. C’est encore l’image d’une Église locale, éclatée en petits groupes familiaux, qui domine pour le IIIe siècle.

M. Fr. Baslez, « Comment notre monde est devenu chrétien » p. 142

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