Les chrétiens ont à continuer la mission qui est la leur depuis deux mille ans

Des germinations nouvelles sont à l’œuvre parmi les chrétiens de France

Dans tous les cas, les chrétiens ont à continuer la mission qui est la leur depuis deux mille ans : croire, prier, aimer, témoigner et servir.

En 1977, un livre de Jean Delumeau avait fait grand bruit : Le christianisme va-t-il mourir ?
Selon cet historien, à l’âge de la sécularisation et de l’émancipation religieuse, le christianisme avait fait son temps dans sa version romaine : pour continuer à vivre, l’Eglise devrait pratiquement se débarrasser du pape.

Un tel postulat, aujourd’hui, ferait sourire.
« Les observateurs les plus lucides, note Yves-Marie Hilaire, constatent que des germinations nouvelles sont à l’œuvre parmi les chrétiens de France. »

L’auteur, historien du catholicisme, en perçoit les signes : émergence d’une nouvelle génération de prêtres ; vitalité de la contemplation amenant la réhabilitation de la liturgie ; fondation de nouvelles sociétés de prêtres, de religieux et de religieuses qui, sans renier l’engagement temporel, accordent la priorité au spirituel ; affirmation d’une pensée religieuse se référant à la tradition patristique ; renouveau de l’art chrétien (n1).

Des lycéens et des étudiants prennent à pied la route de Chartres ou de Saint-Jacques-de-Compostelle. Des parents retrouvent le chemin du Tro Breizh, en Bretagne, celui du mont Sainte-Odile, en Alsace, ou celui de Cotignac, en Provence. Les pèlerins, le 15 août, se bousculent à Lourdes. 100.000 personnes, à Paris, se pressent aux veillées de prière de la Toussaint 2004.
Les catholiques lyonnais distribuent 500.000 bibles afin de rappeler que le 8 décembre, avant d’être la fête de la Lumière, est la fête de l’Immaculée Conception.
Les retraitants sonnent aux portes des monastères.
Par dizaines de milliers, des jeunes se retrouvent aux JMJ, à Paris, à Rome ou à Cologne.

Cent ans après, le Petit Père Combes a perdu son pari : les catholiques, en France, n’ont pas dit leur dernier mot.

Les plus jeunes ne se nourrissent pas de nostalgie

Alors que notre monde vit, selon le diagnostic angoissé de Jean-Paul II, comme si Dieu n’existait pas, ces anticonformistes ne rougissent pas de leur foi. Les plus jeunes ne se nourrissent pas de nostalgie : ils n’ont pas connu d’autre société que la nôtre. L’incroyance contemporaine ne les déconcerte pas : ils y sont confrontés chaque matin. La perte des repères ne les surprend pas : ce sont leurs parents qui les ont bradés. Refusant de se lamenter sur les malheurs du temps, ils préfèrent reconstruire. Dans leurs familles, leurs paroisses et leurs communautés, ils retrouvent les très vieux gestes d’autrefois et les impératifs de toujours : évangéliser, partir à la pêche aux âmes, d’où qu’elles viennent. Ils sont minoritaires ? Ils le savent. Mais après tout, il suffit d’une poignée pour être le sel de la terre.

(n1. Gérard Cholvy et Yves-Marie Hilaire, Le Fait religieux aujourd’hui en France, Cerf, 2004.)

Jean Sévillia : « Quand les catholiques étaient hors la loi » p. 288-299