Réinventer des lieux de débat

La société occidentale perd ses repères religieux et déserte les lieux où elle pourrait se ressourcer.

On a l’impression que certains jeunes ordonnés sont davantage désireux de resserrer les rangs à l’intérieur de la forteresse catholique que de dialoguer avec le monde environnant.

Henri Madelin « Sous le soleil de Dieu »

Il est difficile pour un prêtre, c’est vrai, d’affronter le monde contemporain avec ses défis et ses idées nouvelles, et pourtant ce débat est essentiel pour l’évangélisation à long terme. Les clercs ne peuvent donc pas le fuir.

Aujourd’hui, certains chrétiens ont tendance à penser que, dans un monde totalement impur et corrompu, il faut se retrouver dans des temps et des espaces privilégiés entre gens aux mains pures et à forte identité catholique. Mais cette perspective est tout à fait contraire à l’esprit du concile Vatican II. Nous ne pouvons pas rester entre nous et nous détourner de la désespérance d’hommes et de femmes qui ne parviennent pas à donner un sens à leur vie. (…)

La société occidentale perd ses repères religieux et déserte les lieux où elle pourrait se ressourcer. Or, il faudrait renverser le courant et créer des espaces où les gens grandissent dans la foi, s’alimentent sur le plan spirituel et manifestent sens de l’hospitalité et primat de la solidarité au milieu de leurs semblables sans leur demander au préalable un certificat de baptême. C’est l’expérience de l’Église primitive, et le monde romain, très corrompu, a été ébranlé par ces communautés où les fidèles se nourrissaient d’espérance et se montraient prêts à vivre généreusement de nombreuses formes de partage fraternel.

Henri Madelin, Sous le soleil de Dieu, p. 62