Comment on présentait la question du péché originel autrefois

Ce qu’enseignait le catéchisme du diocèse de Paris dans une édition de 1933 - le sens longtemps donné au baptême et à ses « exorcismes ».

Qu’on relise en regard ce qu’enseignait par exemple le catéchisme du diocèse de Paris dans une édition de 1933 :

  • Le péché d’Adam s’est-il communiqué à ses descendants ?
  • Oui, le péché d’Adam s’est communiqué à ses descendants, en sorte qu’ils naissent dans l’état de péché et sujets aux misères qui en sont la suite.
  • Comment appelle-t-on le péché d’Adam communiqué à ses descendants ?
  • Le péché d’Adam communiqué à ses descendants s’appelle péché originel parce qu’il vient non de notre volonté, mais de notre origine.

Qu’un fils doive subir les conséquences de la faillite de son père, c’est l’évidence. Mais cela ne signifîe pas qu’il est « coupable » de la mauvaise gestion paternelle. C’est cette confusion que la doctrine traditionnelle du péché originel en Occident avait érigée en dogme, malgré Jésus et Ezéchiel.

D’où le sens longtemps donné au baptême et à ses « exorcismes », l’enfant étant considéré comme habité par Satan jusqu’à ce que celui-ci en ait été chassé par le sacrement de l’Eglise. Le prêtre récitait :
« Je t’adjure, esprit impur, au nom du Père,du Fils et du Saint Esprit, de sortir et de te retirer de ce serviteur (de cette servante)… retire-toi de lui (d’elle)… Sors de cette créature de Dieu. »

Que cette doctrine ait été intériorisée par les fidèles nous est attesté par différents témoignages historiques. En certains lieux on emmenait des enfants mort-nés à des « sanctuaires à répit », souvent dédiés à Marie. On déposait l’enfant sur l’autel. On croyait le voir se ranimer un instant. On se hâtait alors de le baptiser. Il retombait ensuite dans l’immobilité. Mais il serait sauvé et l’on sonnait les cloches en signe de joie.

On m’a aussi rapporté de plusieurs côtés que, encore au milieu du xxe siècle, des mamans - qui étaient de bonnes mamans n’osaient pas embrasser leur enfant tant qu’il n’avait pas été baptisé, car il était encore sous le pouvoir du diable. C’est parce que l’on redoutait l’enfer pour les enfants non baptisés que l’Eglise catholique avait inventé les « limbes » où étaient accueillis les enfants morts sans baptême : ils n’y souffraient pas, mais étaient exclus du paradis : une situation étrange dont aujourd’hui on ne parle plus.

Dieu merci, depuis le concile Vatican II, le baptême des enfants dans l’Eglise catholique ne comporte plus ces exorcismes. Il n’est plus l’effacement d’une culpabilité héréditaire. Il est l’entrée et l’accueil dans la communauté des fidèles. Il signifie que le secours et la bénédiction de Dieu aideront le nouveau chrétien dans les inévitables combats de la vie et que les prières et les sacrements de l’Eglise ne lui manqueront pas.

D’une autre façon, a été enfin abandonnée, notamment dans les prières catholiques du vendredi saint, l’accusation contre « le peuple déicide » qui reposait sur la notion de culpabilité héréditaire du peuple juif
« Ce n’est pas le mal qui est héréditaire, c’est le libre arbitre, cause du meilleur et du pire » ;
j’adopte cette formule éclairante de Guy Turbet-Delof.

Jean Delumeau : Guetter l’aurore, p. 116