La place exagérée donnée au péché originel

« On a démesurément grossi (le péché originel), aux dimensions d’une montagne qui bouche tout l’horizon de la foi… »

Enfin, beaucoup de chrétiens ne remarquent pas que le mot et la notion de « péché originel » sont totalement absents des évangiles.
Le P. Théodule Rey-Mermet, récemment décédé, qui fut un ami et qui reste une référence pour moi, écrivait :
« « On a démesurément grossi (le péché originel), aux dimensions d’une montagne qui bouche tout l’horizon de la foi… » Alors que le « péché des origines » ne figure ni dans le Symbole des apôtres, ni dans celui de Nicée ! Alors qu’aucun des quatre évangiles n’en parle. »

Nous sommes là devant un paradoxe théologique aux énormes conséquences historiques. A quoi il faut ajouter que non seulement l’islam, qui insiste beaucoup sur le Jugement dernier, n’accorde aucune place au péché originel, mais que le judaïsme ancien et actuel n’a opéré et n’opère aucune fixation sur la faute d’Adam et Eve. Dans Le Fait religieux, ouvrage collectif qu’on m’avait demandé de diriger, le porte-parole de la foi juive Maurice-Ruben Hayoun écrit :
«  Il n’y a pas de place dans le judaïsme pour un péché originel, en dépit du fameux psaume 57, 7 : « Voilà que j’ai été enfanté dans la faute, et dans le péché ma mère m’a conçu ». »

Dernière remarque sur ce point précis : les religions de l’Asie sont réfractaires à l’idée de culpabilité héréditaire, ce « fardeau » qui, chez nous, a trop souvent engendré la « peur de Dieu »

Jean Delumeau : Guetter l’aurore, p. 105