Une expression du désir de modernisation

La candidature de la Turquie à l’Union européenne est une expression du désir de modernisation.

« La candidature à l’Union européenne est une expression du désir de modernisation. » (p. 146)

« On vote dans ce pays depuis 1908, et les femmes depuis 1934, c’est-à-dire bien avant nous. Le multipartisme n’a jamais disparu malgré les coups d’État militaires, quatre depuis cinquante ans. » (p. 146)

« Malgré ces évolutions voulues par le régime, la liberté de la presse reste incomplète ; la torture continue d’être pratiquée par les forces de police ; l’enseignement du kurde demeure contrarié ; la justice n’est pas vraiment indépendante du pouvoir politique, etc. » (p. 147)

« Avec une population de 70 millions d’habitants aujourd’hui, la Turquie deviendrait à coup sûr dans dix ou vingt ans le pays le plus peuplé de l’Union européenne, devant l’Allemagne, si elle était intégrée. » (p. 148)

« les véritables enjeux d’une éventuelle entrée de la Turquie dans l’Union européenne ne sont pas économiques. Ils sont politiques et culturels. » (p. 149)

« Finalement le choix fondamental repose sur une appréciation de la situation mondiale au début du XXIe siècle. La plus grande menace de guerre résulte aujourd’hui, pour reprendre le vocabulaire contesté de Samuel P. Huntington, de l’aggravation de l’affrontement entre ‘l’arrogance occidentale’ accentuée par les nouvelles technologies et la chute du communisme d’une part ; et, d’autre part, ‘l’intolérance islamique’ renforcée par l’intégrisme religieux et le déclassement des pays musulmans en matière économique et technique. Dans ces conditions une nouvelle ‘marche turque’ vers l’Europe, cette fois pacifique et respectueuse, constitue une formidable opportunité historique. » (p. 150)

« Les héritiers de deux formidables empires, les témoins des deux religions les plus répandues, s’associeraient pour contribuer à la construction d’une nouvelle humanité ! Qui n’a envie de tenter une telle expérience ? Que l’Islam, par le détour de la présence de la Turquie dans l’Union européenne, s’approprie à son tour les éléments les plus riches de la modernité, comme le Japon a su le faire hier, et comme la Chine et l’Inde ont entrepris de le faire aujourd’hui, et la face du monde serait changée. » (p. 151)

« L’Européen, en tant que personne, sera questionné par le comportement du Turc comme croyant. Il y a dans la foi islamique, un sens de la prière, de la famille, de la communauté, qui interroge tout chrétien d’Europe aujourd’hui tenté par le repli sur l’individu, y compris dans la vie religieuse. » (p. 151)

« Dans l’intégration d’une Turquie postmusulmane au sein d’une Europe postchrétienne, il ne faut pas voir seulement le risque d’un affrontement entre deux religions réveillées par leur rapprochement. Il faut voir aussi les chances d’un dialogue renouvelé entre le temporel et le spirituel, entre la religion et le monde moderne. On peut compter sur les femmes pour renouveler ce dialogue. Elles sont en première ligne dans le monde musulman pour secouer une tutelle sociale de la part des hommes qui ont instrumentalisé la religion dans le but d’affirmer leur hégémonie. » (p. 152)

« Mais c’est surtout dans un nouveau dialogue des cultures et des civilisations que l’Europe peut illustrer au XXIe siècle son rôle de laboratoire du monde. Or, dans ce domaine, l’intégration de la Turquie - si celle-ci le désire vraiment - constituerait une expérience majeure, absolument sans précédent. » (p. 154)

« L’entrée de la Turquie dans l’Europe serait aussi une manière d’en faire sortir Dieu, en un sens précis. C’est-à-dire de distinguer le Dieu des chrétiens de la culture européenne, qu’Il a sans aucun doute contribué à créer. Mais cette culture, en retour, a trop accaparé ce Dieu avec le risque de le défigurer et de le rendre moins intelligible dans les autres cultures. Les missionnaires n’apparaîtraient plus comme des auxiliaires de la colonisation. Le christianisme retrouverait alors sa vocation universelle au moment précis où la mondialisation lui ouvre de nouveaux horizons. » (p. 154)