Au XIXe siècle, un spectaculaire renouveau catholique

La Révolution de 1789 avait laissé l’Eglise dans un état dramatique. Cinquante années ont suffi à redresser la situation.

La Révolution de 1789 avait laissé l’Eglise dans un état dramatique. Sous le Premier Empire, de nombreuses paroisses étaient vacantes, leurs églises réduites à des bâtiments nus, sans ornements ni mobilier. Le clergé, décimé et vieilli, s’éteignait peu à peu. Sous la Restauration, la population qui accédait à l’âge adulte n’avait pas reçu d’éducation religieuse. En 1826, le nonce dressait ce constat : « Plus de la moitié de la nation est dans une ignorance complète des devoirs chrétiens et est plongée dans l’indifférence. A Paris, un huitième à peine de la population est pratiquante, et l’on peut se demander s’il y a dans la capitale 10.000 hommes qui pratiquent. »

Cinquante années ont suffi à redresser la situation.

Dans un pays amputé de l’Alsace et de la Moselle, le recensement de 1872 - le dernier où chaque citoyen doit déclarer son affiliation religieuse - indique que, sur 36 millions de Français, 35,4 millions se déclarent catholiques, soit 95,5 % de la population.
(Note : Le recensement de 1872 fournit ces autres chiffres : 580.000 protestants, 50.000 israélites, 3.000 « autres cultes », 82.000 « sans culte »)

Ces catholiques assistent-ils à la messe tous les dimanches ?

Non, mais c’était déjà le cas avant la Révolution. Depuis le XVIIIe siècle, la carte religieuse manifeste même une étonnante continuité. La pratique régulière concerne cinq grandes zones, l’Ouest, le Nord, l’Est, l’extrême Sud-Est et le Massif central, avec des îlots isolés comme la Loire ou le Rhône. De nombreux départements sont considérés comme des zones d’indifférence religieuse. D’après les rapports des préfets, vers 1870, les habitants de Seine-et-Marne « ne mettent pas les pieds dans les églises », et l’Aube se distingue par « l’abandon à peu près complet des pratiques ».

En 1875, les missions de Limoges, faute de résultats, renoncent à évangéliser la Creuse. Les villes sont cependant les plus déchristianisées, et l’urbanisation ne fera qu’accentuer la tendance. A Paris, la proportion d’enfants non baptisés passera de 12 % en 1875 à 38 % en 1908, l’érosion étant plus forte dans les milieux populaires.

Jean Sévillia : « Quand les catholiques étaient hors la loi » page 36