Quand le christianisme s’affirme comme religion du Livre

La constitution du canon, pour fixer la christologie, la théologie et l’ecclésiologie, fut un long travail qui ne s’acheva qu’au IVe siècle.

La constitution du canon, c’est-à-dire d’un ensemble de textes normatifs, pour fixer la christologie (encore très imprécise), la théologie et l’ecclésiologie, fut un long travail qui ne s’acheva qu’au IVe siècle.

Mais elle commence incontestablement au IIe siècle dans certaines communautés, comme celle de Smyrne, qui établirent les premières listes de livres considérés comme révélés.
Cette identification doctrinale, par adhésion à des textes et à des formules, succède à une forme d’adhésion plus personnelle, qui avait marqué les premières communautés et dont rend bien compte encore Irénée de Lyon à la fin du IIe siècle : il avait rencontré à Smyrne Polycarpe, qui lui-même avait été formé par Jean, qui lui-même avait connu le Christ.
Le critère de la tradition apostolique est donc l’un des facteurs d’unité les plus anciens dans l’Eglise, qui s’est attaché aux textes plutôt qu’aux personnes après la disparition des premières générations chrétiennes.

La sélection de textes normatifs était rendue nécessaire aussi, évidemment, par le foisonnement d’interprétations diverses de la foi, véhiculées par chacun des groupes chrétiens. Comme toujours dans l’Antiquité, l’identification s’est faite par la prise de conscience de différences, lors de débats, de controverses et de conflits : la crise gnostique a pu accélérer la cristallisation de la conscience de soi catholique.

La définition progressive de l’orthodoxie résulte d’une série de choix successifs, qui engagèrent toujours davantage le christianisme dans la voie de l’intégration au monde gréco-romain.

La première controverse porta sur la conservation ou l’abandon de la Bible hébraïque, ce que nous appelons l’Ancien Testament. Dans les années 140, Marcion, un prêtre du Pont, au nord de l’Asie Mineure, voulut constituer une Bible de textes exclusivement chrétiens, en faisant la part belle aux épîtres de Paul et en déracinant le christianisme de son terreau juif. Il vint à Rome défendre ses idées, auxquelles s’opposait l’évêque de Smyrne, Polycarpe, qui fit lui aussi le voyage de Rome. Le point de vue représenté par ce dernier l’emporta, même si le « marcionisme » connut un succès certain et durable, qui continue de fasciner les modernes.

M. Fr. Baslez, « Comment notre monde est devenu chrétien » p. 116

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