Itinéraire sprirituel d’un journaliste (suite)

Michel Cool, à travers son livre « Conversion au silence » (Salvator, 2011) nous donne l’occasion de découvrir des personnalités attachantes. Il a eu le bonheur d’en fréquenter beaucoup et d’en apprécier la richesse.

Conversion au silence de Michel Cool

Jean-Pierre Dubois-Dumée, l’une des figures marquantes de la presse catholique en France

Il fut l’un des principaux responsables groupe des Publications de la Vie Catholique. Il fut avec le fondateur du groupe, Georges Hourdin, à l’origine de l’hebdomadaire Télérama et il lança le mensuel Prier dans les années soixante-dix malgré l’ironie et le scepticisme de son entourage journalistique. J’eus l’insigne honneur d’être son lointain successeur en devenant rédacteur en chef de Témoignage chrétien en 1997. Cet ancien membre des la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) aura été l’une des figures marquantes de la presse catholique en France au moment du Concile Vatican II (1962-1965).

C’est grâce à son entregent bienveillant que je commençai ma carrière en faisant un stage à l’hebdomadaire La Vie durant l’été 1981. Mais mon hommage à Jean-Pierre est surtout sollicité par le souvenir vivace de l’extraordinaire « chasteté » du regard qu’il portait sur les êtres et sur les choses. Rien dans son regard et dans sa voix ne laissait transparaître le moindre soupçon du mépris, d’arrogance ou de médisance. Entre l’homme et le journaliste, il n’existait ni césure ni tromperie. Son unité profonde dépareillait dans un monde professionnel sujet aux postures schizophréniques et aux rôles de composition. (P. 124)

« Mon confrère et ami Jean-Claude Guillebaud », ce « globe-trotter, au talent et à la hauteur de vue que l’on sait »

Mon confrère et ami Jean-Claude Guillebaud a lui aussi l’amour du Vietnam. Il y séjourna comme correspondant de guerre du quotidien Le Monde, au temps où les Américains larguaient leurs bombes au napalm et leurs gaz défoliants sur les populations civiles qui fuyaient ce feu d’enfer en s’enterrant dans des galeries profondes. Ce globe-trotter, au talent et à la hauteur de vue que l’on sait, a visité tous les continents. Il en a ramené une moisson de livres merveilleux qui aident à structurer notre vision du monde en plein bouleversement, et à défendre des valeurs d’humanité dont le christianisme a souvent été la matrice.

Quand en 1989, j’ai créé avec un confrère et peu de moyens un mensuel de réflexion éthique sur l’actualité, dont le titre Sens magazine nous avait été conseillé par Françoise Giroud, Jean-Claude fut l’un des premiers à nous prêter gracieusement sa plume. Ce sont des gestes qui ne s’oublient pas quand l’esprit de gratuité devient une denrée si rare dans la société et dans mon univers professionnel. (p. 57)

Le cardinal Martini, « aucune nostalgie de la chrétienté défunte chez lui, mais au contraire un optimisme lucide »

Un autre homme d’Eglise m’a laissé un souvenir lumineux : le cardinal archevêque émérite de Milan, Carlo Maria Martini. Je l’avais interviewé en 1988 pour La Vie sur le thème de l’avenir du christianisme en Europe. Exégète et penseur spirituel éminent, il présidait le conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) qui regroupait les évêques de vingt-cinq pays de l’Europe, situés à l’Ouest et à l’Est du rideau de fer séparant encore le vieux continent. Pour ce jésuite nommé par Jean-Paul II en 1980 à la tête d’un des plus importants diocèses catholiques du monde (cinq millions d’habitants), seule comptait la confrontation « franche et joyeuse » de l’Evangile avec la société. Aucune nostalgie de la chrétienté défunte chez lui, mais au contraire un optimisme lucide, se nourrissant des signes de vitalité et de renouveau qu’il constatait dans la vie des communautés chrétiennes. (p. 80)

Mireille Nègre, « sa conversion fut aussi radicale que sa carrière fut fulgurante »

Ancienne Première danseuse de l’Opéra de Paris, cette partenaire mémorable de Rudolf Noureev eut un destin exceptionnel. Elle perdit deux orteils dans un accident d’ascenseur à l’âge de deux ans ; elle retrouva souplesse et mobilité grâce à des exercices de danse. Passionnée par cet art, Mireille embrassa une carrière professionnelle de danseuse à l’Opéra de Paris. Distinguée et soutenue par de grands chorégraphes, Serge Lifar ou Roland Petit, son ascension fut prodigieuse dans les année soixante : la jeune artiste se produisit sur les plus grandes scènes du monde, elle fit la une des magazines à la mode, elle tourna un film avec Pierre Granier-Deferre et les studios d’Hollywood lui proposèrent des contrats juteux.

A la stupéfaction générale, elle décida, âgée de vingt-huit ans, de quitter les feux de la rampe pour entrer dans la pénombre d’un carmel. Sa conversion fut aussi radicale que sa carrière fut fulgurante. Au bout de dix ans de vie contemplative, atteinte de scoliose, elle quitta le couvent sans avoir prononcé ses vœux définitifs. Se relevant à nouveau de cette épreuve, le public la redécouvrit rayonnante sur le plateau de l ‘émission « Le Grand Echiquier » de Jacques Chancel, le premier soir de printemps, le 21 mars 1983. Elle dansa sur l’air du « Gloria » de Vivaldi avec Michaël Denard pour partenaire. Sa performance artistique et sa grâce personnelle soulevèrent une émotion et une admiration considérables. (p. 84)

Voir aussi ce qu’il dit de

  • Kathleen Terrier (p.130)
  • Lourdes (p.69)
  • Paul VI (p.44)
  • Joseph Ratzinger, devenu Benoît XVI (p. 77)