Construction des cathédrales : participation du peuple

Il advint même que le peuple chrétien participât, de ses bras, de ses jambes, de ses peines, au travail même de la cathédrale…

Il advint même que le peuple chrétien participât, de ses bras, de ses jambes, de ses peines, au travail même de la cathédrale. Deux textes, mille fois cités, l’un de l’archevêque de Rouen à son confrère d’Amiens et une lettre d’Aimon, Abbé de Saint-Pierre-sur-Dives, aux moines anglais de Tonbury, évoquent ces corvées volontaires. Notre-Dame de Chartres bénéficia de cette ferveur de dévouement.

« On voyait des hommes puissants, fiers de leur naissance et de leur richesse, accoutumés à une vie de mollesse, s’attacher à un chariot avec des traits, voiturer les pierres, la chaux, le bois, tous les matériaux nécessaires… Quelquefois mille personnes et plus, hommes et femmes, tiraient le chariot, tant la charge était lourde. On allait dans un tel silence qu’on n’entendait la voix ni le chuchotement de quiconque. Quand on s’arrêtait au long du chemin, on n’entendait que l’aveu des fautes et une prière pure et suppliante à Dieu pour obtenir le pardon des péchés. Les prêtres exhortaient à la concorde ; on faisait taire les haines, les inimitiés disparaissaient, les dettes étaient remises et les esprits rentraient dans l’unité. Se trouvait-il quelqu’un si ancré dans le mal qu’il ne voulût point pardonner et suivre l’avis des prêtres, son offrande, comme impure, était jetée hors du chariot et lui-même chassé avec ignominie de la société du peuple saint. »

La scène est belle : fut-elle exceptionnelle ou fréquente ? On ne sait exactement.

Daniel Rops
L’Eglise de la cathédrale et de la Croisade p. 445