Lire la Bible : pourquoi, comment ? ( 1 / 2 )

Exposé donné au « Cours Alpha » à la paroisse St-Dominique, Paris (XIV°) le 13 octobre 2005.

Un ancien otage au Liban parle de la Bible.

« La Bible fut pour moi une véritable bouée de sauvetage. Lorsque j’étais collégien, j’avais fait le siège de mes parents pour qu’ils m’achètent une Bible. Ce gros livre me fascinait… J’étais donc très imprégné de la Bible lorsque j’ai été pris en otage. Et ce fut pour moi un réflexe naturel de m’y raccrocher.

Dès les premiers jours de ma détention, j’ai demandé à mes ravisseurs de m’en fournir un exemplaire. Enlevé le 22 mai 1985, je ne l’ai eue qu’au mois de juin 1986. Elle ne m’a jamais quitté. Je l’ai lue comme Robinson Crusoë sur son île déserte ; à chaque fois que le découragement le guette, le héros de Defoë ouvre la Bible au hasard et tombe sur un verset qui fait écho à sa propre condition et lui redonne la force d’espérer. La Bible a été ma compagne fidèle de ces trois années. »
(Jean-Paul Kaufmann, journaliste qui a été otage au Liban pendant 3 ans de 1985 à 1988.)

La Bible, un livre déroutant.

« La Bible, l’Ancien Testament surtout, est un livre apparemment étrange et déroutant. Même si on ne l’a jamais ouvert, on en a une idée : c’est un livre qui fait partie du patrimoine de l’humanité comme les œuvres d’Homère ou le Coran et, à ce titre, on peut l’étudier au lycée ou en université ; on sait bien aussi que de nombreux croyants, très divers d’ailleurs, se réclament de lui comme de leur livre saint ; dans la liturgie, on en entend lire quelques extraits.
Si bien qu’on s’en fait, généralement, l’idée un peu magique, d’un livre « saint » dans lequel, si l’on est croyant, on va chercher la Parole de Dieu, une sorte de catéchisme ou un livre de morale chrétienne.

Et quand on l’ouvre, on est fort étonné ! On trouve, dans l’Ancien Testament,

  • des histoires du passé sans intérêt,
  • des récits d’une morale peu édifiante (…),
  • des guerres, des meurtres, des poèmes étranges avec lesquels il nous parait bien difficile de prier même si on les baptise « psaumes »,
  • des conseils de morale surannée et « bourgeoise » volontiers teintée de misogynie…

Un livre déroutant…
Mais est-ce bien « un livre » ?

C’est d’abord une bibliothèque : 73 livres dont la mise par écrit s’échelonne sur un bimillénaire. (…)

« Bibliothèque, la Bible est aussi plus qu’un livre, c’est un univers, une aventure : celle d’un peuple en proie à la passion de Dieu et qui doit nous faire naître quand nous la lisons à la même aventure. »

Tous les écrits de la Bible nous apparaissent comme des condensés de vie, des moments de l’histoire devenus textes.
Nous pourrons étudier leur style, leur vocabulaire, leur structure.
Mais ce qui nous intéresse surtout, c’est, par eux, de communier à l’expérience dont ils sont les témoins. »
(Cahier Evangile n°10 p. 8 et 9)

Un livre qui a beaucoup de lecteurs.

« On estime à 44 millions le nombre de Bibles vendues chaque année aux Etats Unis (…) et à 1.250.000 le nombre de Bibles vendues chaque année au Royaume Uni »  Les Questions de la vie », p. 62-63)

Evidemment on ne sait pas combien de personnes lisent régulièrement la Bible. Il y en a certainement beaucoup qui achètent ce livre pour le laisser dormir ensuite sur une étagère !
Il reste que dans les Eglises de la Réforme la Bible a toujours tenu une très grande place. On lisait la Bible en famille. Elle a imprégné profondément la culture anglo-saxonne, surtout aux Etats-Unis.

Dans l’Eglise catholique, sa lecture n’était pas encouragée comme chez les Protestants.
On avait conscience que c’est un livre difficile à aborder sans préparation.
Mais la prudence qui était de mise depuis le XVIe siècle s’est quelque peu relâchée depuis le milieu du siècle dernier.

Un livre considéré comme dangereux dans certains pays.

On sait que dans les pays communistes la Bible était un livre sévèrement proscrit et que le chrétiens consentaient à prendre les plus grands risques pour s’en procurer ou dissimuler celles qu’ils possédaient. Si les autorités agissaient ainsi c’est bien qu’elles reconnaissaient le pouvoir déstabilisant de ce livre pour un régime totalitaire athée.

Ajoutons que la lecture de cette « parole de Dieu » constitue souvent la nourriture essentielle des communautés de base qui se sont développées en Amérique latine. Dans ces groupes on prie, on lit la Bible, on relit sa propre vie et celle de sa communauté à la lumière de cette parole de Dieu. On trouve aussi la force de lutter contre les injustices dont on est victime. Mais qu’est-ce que la Bible ?

La Bible, un livre aux multiples facettes.

Mais regardons de plus près ce livre aux multiples facettes, cette sorte de bibliothèque, formée de petits et de grands livres. Certains d’entre eux n’ont que quelques pages. Il y a

  • des récits,
  • des contes riches d’enseignement,
  • des poèmes épiques,
  • des livres à caractère historique, mais aussi
  • des livres prophétiques,
  • des cantiques et des prières.

Tenir compte des genres littéraires

On ne peut interpréter correctement ces écrits sans tenir compte de leur genre littéraire. On ne lit pas un conte, une fable, comme on lit un livre à caractère historique.

Prenons un exemple : le livre de Jonas.

Il est très court : 3 pages dans la Bible de Jérusalem.
Le prophète Jonas reçoit la difficile mission d’aller à Ninive porter un message de Dieu. Les Ninivites sont les ennemis d’Israël. Ils sont très puissants. Tout le monde les redoute.
Jonas a peur et refuse d’obéir. Au lieu de prendre la route de Ninive il s’embarque sur un bateau en partance pour Tarsis, dans la direction opposée.
Alors Dieu envoie une grande tempête. Le bateau va couler et tous les marins et passagers crient vers leur dieu - excepté Jonas qui se cache au fond du bateau. On finit par trouver cela suspect.
On tire au sort pour savoir qui attire ainsi la colère de Dieu. Jonas est désigné par le sort. On l’interroge et il avoue sa désobéissance, sa fuite devant la mission que Dieu lui a donnée. Il demande aux marins de le jeter à la mer pour sauver tout l’équipage.

Les marins jettent Jonas à la mer.

Ils s’exécutent à grand regret et la mer se calme. Quant à Jonas il est englouti par un monstre marin.
L’auteur nous le montre en prière dans le ventre du gros poisson - on parle souvent Jonas et de sa baleine.
Au bout de 3 jours il est rejeté sain et sauf sur le rivage. Cette fois-ci Jonas ne recule plus devant sa mission. Il se rend à Ninive et délivre le message de Dieu :
« Encore 40 jours et Ninive sera détruite ! ».

Une prédication aux résultats surprenants.

Ce qui se passe alors est tout à fait surprenant pour Jonas. Non seulement les Ninivites ne s’en prennent pas à ce prophète de malheur mais ils font pénitence de manière exemplaire et leur ville est épargnée.
Jonas en est même très déçu et il fait à Dieu cette belle prière :
« Ah ! Yahvé, n’est-ce point là ce que je disais lorsque j’étais encore dans mon pays ? C’est pourquoi je m’étais d’abord enfui à Tarsis : je savais en effet que tu es un Dieu de pitié et de tendresse, lent à la colère, riche en grâce et te repentant du mal ».

Exprimer de manière concrète un enseignement difficile à faire passer.

Les hommes des temps anciens n’étaient pas plus stupides que nous. Quand on leur racontait cette histoire si colorée, ils savaient bien que c’était un conte, une manière imagée de dire comment un prophète qui rechignait devant la difficile mission que Dieu lui avait donnée avait fini par l’accepter après une terrible épreuve qui l’avait fait mûrir. Et le prophète qui avait fini par surmonter sa peur découvrait que ces Ninivites, ces ennemis d’Israël n’étaient pas ce qu’il croyait.

Et comment pouvait-il se faire que Dieu aime aussi ces ennemis d’Israël ? Mieux encore, ces Ninivites savaient faire pénitence ce qu’on faisait si mal en Israël.
Une bonne leçon non seulement pour Jonas mais surtout pour ce peuple d’Israël à qui on racontait cette petite histoire.
Il a fallu un auteur génial pour inventer un conte qui disait ainsi, de manière concrète, un enseignement bien difficile à accepter. Cela nous fait penser aux paraboles de Jésus.

On dit que la Bible est Parole de Dieu,
qu’est-ce que ça veut dire ?

Doit-on imaginer que les auteurs de ces livres écrivaient réellement sous la dictée de l’Esprit Saint ?
C’est bien ce que les musulmans sunnites affirment pour le Coran. La totalité de leur livre sacré, disent-ils, aurait été révélée par l’archange Gabriel au prophète Mahomet entre 610 et 632. Il aurait écrit sous sa dictée.

Qu’est-ce qu’un livre inspiré ?

Pour les chrétiens on n’a jamais soutenu une position aussi radicale. Pourtant on a mis du temps à se mettre d’accord sur ce qu’on appelle l’inspiration. Et il existe maintenant encore des « fondamentalistes » qui veulent prendre tout le texte au pied de la lettre.
En dehors de ces groupes peu nombreux on admet que Dieu choisit de s’adresser à nous à travers des médiations, c’est-à-dire des personnes bien réelles qui ont leurs limites, celles des hommes de leur temps.

Ne pas chercher dans la Bible un enseignement de type scientifique.

En Histoire ou en Science ces auteurs n’en savaient pas plus que les savants de leur époque. Sans doute ces hommes de Dieu voyaient souvent plus loin que leurs contemporains mais pas dans n’importe quel domaine.
N’allons pas chercher dans la Bible un enseignement de type scientifique par exemple. Comment un écrivain vivant 6 siècles avant notre ère aurait-il pu imaginer la mentalité de ceux qui viendraient 2.500 ans après lui, pas seulement dans son pays mais partout dans le monde.

L’écrivain sacré ne s’adressait pas à nous par de-là les siècles mais aux gens de son époque. L’étonnant c’est précisément que l’enseignement de caractère religieux qu’il pouvait donner reste encore valable pour nous.

Un enseignement religieux toujours valable.

La Bible raconte l’histoire d’un peuple de croyants. Dieu fait alliance avec ce peuple.
Le grand ancêtre, Abraham quitte son pays, sa famille pour obéir à l’appel de Dieu. La Bible raconte l’histoire du peuple qui naîtra de lui, avec ses bonheurs et ses épreuves.
C’est à ce petit peuple qu’est confiée la mission de découvrir peu à peu le Dieu unique pour le révéler ensuite à tous les autres. Et tout au long de cette histoire, sous l’action de l’Esprit de Dieu, de multiples porte-paroles, prophètes, poètes, conteurs et chantres, vont l’aider à découvrir le visage de ce Dieu.

L’expérience d’une multitude de croyants.

C’est l’expérience de ces multitudes de croyants qui est consignée dans la Bible. En relisant l’histoire de ces hommes d’autrefois on découvre leur foi, leur confiance en Dieu, leur prière. On se sent proches d’eux, avec le désir de mettre nos pas dans les leurs.
Le peuple juif et les chrétiens continuent à se nourrir de cet héritage depuis plus de 2000 ans maintenant.

La Bible, parole de Dieu : il faut en faire l’expérience.

Ce que je viens de dire ne suffira sûrement pas à vous convaincre que la Bible est Parole de Dieu. Il vous faudra en faire l’expérience par vous-mêmes. Une longue fréquentation sera nécessaire pour arriver à cette conviction.
En ce qui me concerne je peux dire que j’y suis un peu parvenu. Je ne me lasse pas de relire certains récits de la Bible. J’aime à retrouver l’histoire de ces grandes figures bibliques qui me sont devenues familières.

Relire l’histoire des grands ancêtres.

Relisez vous-même l’histoire de ces grands ancêtres :

  • Joseph vendu par ses frères. Après des multiples épreuves il deviendra le bras droit de Pharaon en Egypte puis le sauveur de ses frères à qui il aura pardonné.
  • Moïse au destin si singulier. Elevé à la cour de Pharaon il doit s’enfuir au désert. C’est là que Dieu l’attend pour lui confier la mission de tirer son peuple de l’esclavage.
  • Il faut lire aussi l’histoire du saint roi David, sa vocation, et comment il a réagi au milieu des multiples épreuves de son règne. Vous verrez que lui aussi avait ses faiblesses. Il s’est laissé entraîner dans le mal mais il a su s’en sortir quand le prophète Nathan lui a fait prendre conscience de sa faute.

Ce ne sont là que quelques exemples pris dans l’ancien Testament. Dans le Nouveau Testament commencez par lire l’évangile de Marc puis les Actes des Apôtres. C’est encore plus merveilleux.

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