La Résurrection et les Evangiles apocryphes

Le Nouveau Testament ne divulgue jamais le « comment » de la Résurrection ; les Évangiles apocryphes, en revanche, transgressent le mystère.

Le Nouveau Testament ne divulgue jamais le « comment » de la Résurrection ; les Évangiles apocryphes, en revanche, transgressent le mystère.
L’évangile de Pierre, un récit dont la rédaction est datée de la première moitié du IV siècle, rapporte sa version de Pâques :

« Or, dans la nuit où commençait le dimanche, tandis que les soldats montaient à tour de rôle la garde par équipes de deux, il y eut un grand bruit dans le ciel. Et ils virent les cieux s’ouvrir et deux hommes, brillant d’un éclat intense, en descendre et s’approcher du tombeau. La pierre, celle qui avait été poussée contre la porte, roula d’elle-même et se retira de côté. Et le tombeau s’ouvrit et les deux jeunes gens entrèrent. Alors, à cette vue, les soldats réveillèrent le centurion et les anciens, car eux aussi étaient là à monter la garde. Et, tandis qu’ils racontaient ce qu’ils avaient vu, à nouveau ils virent : du tombeau sortirent trois hommes, et les deux soutenaient l’autre, et une croix les suivait. Et la tête des deux atteignait jusqu’au ciel, alors que celle de celui qu’ils conduisaient par la main dépassait les cieux. Et ils entendirent une voix venue des cieux qui dit : « As-tu prêché à ceux qui dorment ? » Et on entendit une voix venant de la croix : « oui » » (Év. Pierre 35-41).

La différence saute aux yeux : Pâques est devenu spectacle

La différence saute aux yeux : la sortie du tombeau est décrite ; le corps gigantesque du Ressuscité (sa tête appartient déjà au monde céleste) est soutenu par deux géants angéliques. Et de la croix vient une réponse positive à la question de savoir s’il a annoncé le salut au monde des morts. Pâques est devenu spectacle, dont on matérialise les détails, dans l’intention de contrer déjà ceux qui prennent la Résurrection pour un fantasme. La maladresse même du tableau prouve que l’auteur travaille avec des métaphores, dont le sens est intégralement théologique (le corps gigantesque, la tête dans les cieux).
Mais à vouloir bien faire, à défendre la réalité de la Résurrection, n’a-t-on pas franchi la frontière qui préservait le mystère de l’invasion par l’imaginaire humain ?

Le narrateur de l’Évangile de Pierre transgresse une autre limite
la sortie du tombeau devient spectacle pour des non-croyants. Jésus sort au vu et au su du centurion et des gardes, qui rapporteront ce spectacle à Pilate en concluant : « Vraiment, il était le Fils de Dieu ! » (Év. Pierre 45).
Il faut mesurer la différence : dans l’Évangile de Marc, c’est devant le corps disloqué de Jésus pendu au bois que le centurion s’exclame : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15,34).
De l’Évangile de Marc à celui de Pierre, une tout autre théologie travaille le récit : d’un côté, la filialité divine de Jésus se dévoile dans une fidélité assumée jusqu’à l’extrême de la mort ; de l’autre, c’est le prodige de la vivification d’un cadavre qui époustoufle la troupe.
Chez Marc, une théologie du silence de Dieu.
Dans le récit de Pierre, une fixation sur le merveilleux.
Pour les Évangiles canoniques, le mystère pascal n’est communiqué qu’aux croyants. Non parce qu’il serait une confidence de sacristie, mais parce qu’il cristallise le regard de Dieu sur le Christ, que seul le croyant peut percevoir. Quel est le point commun de ces révélations aux croyants ? Partout, le Ressuscité est « vu ». La tournure utilisée par le grec, ôphthè, doit être correctement traduite : « il s’est fait voir ». « C’est bien vrai, le Seigneur a été relevé et il s’est fait voir à Simon » (Le 24,34).

Pâques relève de l’ordre de la grâce, non de l’évidence de l’histoire.

Il faut prendre tout à fait au sérieux l’insistance des Évangiles sur ce vocabulaire de la vision. Il indique que Pâques, pour les femmes et les disciples, fut une expérience de vision. Mais encore une fois, gardons-nous de réduire cette nature visionnaire à un rêve éveillé. La Bible est parsemée de visions ou d’extases par lesquelles Dieu se révèle aux siens : Jacob, Moïse, Jésus, Pierre, Paul en furent les bénéficiaires. Que Jésus ait eu à son baptême la vision du ciel ouvert et de l’Esprit fondant sur lui comme une colombe (Me 1,15), on n’en déduira pas l’irréalité de son identité de Fils ; il faut plutôt en conclure que cette filialité est de l’ordre de la révélation, reçue dans un croire, et non pas un fait d’expérience qui s’impose à chacun. De même pour Pâques : que la mort ne soit pas le dernier mot sur la vie du Fils demande à être cru, et ce croire ne peut éclore que dans l’intériorité croyante. Pâques relève de l’ordre de la grâce, non de l’évidence de l’histoire.

Des histoires multipliées

À suivre l’ordre d’apparition des quatre Évangiles - Marc, Matthieu, Luc et Jean -, on mesure que le nombre des récits de Pâques s’accroît et qu’ils se diversifient. Le soupçon d’une inflation légendaire de ces récits ne peut être réprimé. Mais la « fabrication » de récits pascaux est naturelle au 1er siècle : on choisit le récit plutôt que le discours pour énoncer une vérité. Voilà pourquoi les premiers chrétiens ont composé des récits : ils voulaient montrer à quel point l’aventure chrétienne s’est ancrée dans l’événement pascal.

Sur une montagne qui fait écho au Sinaï, le Christ selon Matthieu donne l’ordre d’évangéliser toutes les nations et les enseigner à garder toutes ses prescriptions (28,16-30) ; désormais, les paroles de Jésus valent comme règle de la foi, et l’on comprend le soin mis par l’évangéliste à les recueillir dans les grands discours de son Évangile.
Luc compose la superbe histoire des pèlerins d’Emmaüs (24,13-35), illustration du parcours nécessaire pour identifier la présence de Jésus à la Cène : comprendre, à partir des Écritures, la silencieuse présence de Dieu dans la souffrance de la croix. En outre, pour contrer une spiritualisation exacerbée de la Résurrection, Luc fait partager au Ressuscité un morceau de poisson avec les disciples (24,36-43). Mais surtout, il date de ce moment l’envoi missionnaire des disciples (24,44-49), qui se concrétisera au début du livre des Actes (1,8).
Avec la figure de Thomas, l’évangéliste Jean fait la part du doute (20,24-29). La rencontre avec Marie de Magdala (20,11-18) montre à quel point la vision du Revenu culmine dans une relation renouée avec Celui qu’on a suivi.
Et le chapitre 21, avec le magnifique récit de la pêche abondante, réhabilite Pierre dans sa fonction de pasteur  Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »).

Le geste de relever les morts est l’acte par lequel Dieu, à la fin des temps, honorera les justes opprimés et les rétablira dans leur droit.

La prolifération des récits de manifestation du Ressuscité va se poursuivre dans les Évangiles et les apocryphes. Non sans être grevée de dérives théologiques… En confessant la Résurrection de Jésus, les premiers chrétiens ont emprunté un langage forgé par la foi juive. Ce qu’il faut absolument savoir, sous peine de se méprendre sur sa signification, c’est que le concept de résurrection dans l’apocalyptique juive ne répond pas à une angoisse sur la survie des corps. Ressusciter n’offre pas un supplément de vie. Le geste de relever les morts est l’acte par lequel Dieu, à la fin des temps, honorera les justes opprimés et les rétablira dans leur droit. La résurrection est espérée comme le moment où Dieu rassemblera les siens trépassés et les fera vivre dans sa communion, tandis qu’il rejettera ceux qui l’ont renié. La nouvelle du tombeau ouvert apprend aux amis de Jésus que cette promesse, parfum de fin des temps, se concrétise déjà pour lui.

Une vie qui ne finit pas

Un texte de l’Évangile de Jean exprime la difficulté que les premiers chrétiens ont éprouvée en croyant à la Résurrection. C’est à l’occasion de la mort de Lazare (Jn 11). Ses sœurs Marthe et Marie reprochent à Jésus de n’être pas arrivé à temps pour le sauver. La situation ainsi construite met en jeu la foi résurrectionnelle. « Je sais que [Lazare] ressuscitera lors de la Résurrection au dernier jour », dit Marthe (11,24). Mais cette espérance d’outre-tombe ne la console pas de la blessure du deuil. C’est alors que Jésus ramène la croyance du futur au présent :
« Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi-même s’il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (11,25-26).

La relation nouée avec le Christ introduit dans une vie qui ne finit pas.

L’impact de la foi de Pâques est ici saisissant. Croire la Résurrection ne signifie pas nourrir ses rêves d’une chimère d’au-delà, mais croire que la relation nouée avec le Christ introduit dans une vie qui ne finit pas. En attendant, Marthe et Marie sont accueillies dans leur douleur et leurs larmes. Car la foi chrétienne dans la Résurrection ne gomme pas le gouffre de la mort : trois jours séparent Vendredi saint de Pâques. La mort n’est pas niée ; elle demeure lieu d’arrachement et de larmes. Mais, surplombant le trou noir, l’aube de Pâques pointe comme la promesse que le défunt s’en va pour s’ouvrir à une vie qui n’appartient plus à ses proches, mais émane de Dieu. Être accueilli par Dieu, au-delà du rideau de la mort : Pâques, au travers d’un foisonnement de récits, balbutie ce mystère.

Daniel Marguerat, professeur de Nouveau Testament,
faculté de théologie, université de Lauzanne
(Hors-Série « Monde de la Bible » et « La Croix », printemps 2009)

Vos témoignages

  • hEUWlHNJA 13 avril 2012 21:53

    salutations fraternelles e0 tous les tcrleues de chretiencontac.je suis si beni d avoir eu le temps de lire ce merveilleux temoignage , deja le pasteur et son epouse qui vont dans leur premiere mission et qui rencontre une grande difficulter dans l eglise auquel ils avaient choisies de passer le culte et la DIEU TOUT PUISSANT prend le temps part cette occasion de rammener un couple qui depuis des anne9e etais forcer de se separer e0 cause de la guerre malgres tout ce temps ils ont garder leurs amours au font de leurs cœur tout les deux et je pensse que certainement leurs amour etais si vrai et comme notre pere est amour il etais oblige9 de ramener se couple car e0 l interieur de leur cœur je croit que notre grand DIEU etait tres impressionner par le vrai le leur cœur et e0 fini par les ramener mais dans sa presence comme pour dire j ai besoin de gens comme vous dans ma maison pour temoigner ma verite9 car l amour triomphe toujour etc.merci au seigneur Dieu tout puissant gloire e0 toi pour l eternite9 et je vais dire e0 ce couple temoigner son amour partout ou vous etes jusqu a la fin de vous jours sur cette terre rempli de haine .et pour le pasteur et son epouse courrager et soyer toujour disposer e0 faire sa volonter car qui sais un jour ce sera lui meme qui viendra vous visiter bien qu il reste present.