Le clair-obscur de la Révélation

Dans l’Ecriture des mises en garde contre la prétention de savoir - De la nuit de l’ignorance et du péché, on ne sort qu’en ouvrant son cœur.

L’expérience religieuse est une voie de connaissance : son horizon est la connaissance de Dieu. Pourtant, dès ses premières pages, la Bible semble poser des limites au désir de connaître :
« Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement :"Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas le jour où tu en mangeras, tu deviendras passible de mort" »
(Gn 2, 16-17).
Scène primitive, premier interdit auquel font écho dans les Écritures de multiples mises en garde contre les prétentions du savoir, à commencer par la vanité de ceux qui pensent pouvoir connaître la volonté de Dieu :
« Ses pensée sont plus vastes que la mer, ses desseins plus grands qu l’abîme »
(Si 24, 29).
Thème repris avec un tour plus polémique par saint Paul :
« Que ses décrets sont insondables et ses voies incompréhensibles ! Qui en effet a jamais connu la pensée du Seigneur ? Qui en fut jamais le conseiller ? »
(Rm 11, 33-34).
Dans les Évangiles, le Christ insiste particulièrement sur le caractère imprévisible des événements à venir, sur notre non-maîtrise du temps divin, d’où résulte l’obligation de veiller -
« car vous ne savez ni le jour ni l’heure »
(Mt 15, 13) -,
de vivre chaque instant avec une égale intensité et gravité ; comme si tout notre destin s’y jouait.

Dans l’épisode de la transfiguration, le Christ laisse Pierre, Jacques et Jean contempler brièvement sa gloire. Dieu lui-même parle depuis une « nuée lumineuse » qui rappelle la « nuée obscure » où la Loi fut donnée à Moïse - sur une montagne, déjà (Ex, 21). Dieu parle souvent à l’homme dans l’obscurité de la nuit ou dans la passivité du sommeil. La conversion de saint Paul commence par une étrange phase de cécité :
« Trois jours durant, il resta sans voir, ne mangeant et ne buvant rien » (Ac 9, 12).
Nuit initiatique qui préfigure la traversée de la mort, chemin nécessaire vers une nouvelle naissance. Le message est clair : de la nuit de l’ignorance et du péché, on ne sort qu’en ouvrant son cœur.

(La logique de l’espérance, p. 125)

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