Fr. Varillon : la Création - L’amour ne peut créer que des créateurs

Nous sommes des créatures, certes, mais des créatures créatrices.

Nous sommes des créatures, certes, mais des créatures créatrices. Et l’univers matériel n’est que le conditionnement de notre liberté, ce à partir de quoi nous avons à nous créer nous-mêmes.

Car nous ne sommes pas Dieu, Lui seul est inconditionné ; nous, nous sommes conditionnés. Je suis, par exemple, conditionné par mon sexe qui est masculin et, par conséquent, mon projet de vie ne peut pas être un projet féminin. Ce conditionnement va très loin, il enveloppe toutes les galaxies mais il n’a de sens que pour la liberté de l’homme. Dieu, puisqu’il est amour, n’aurait jamais créé des créatures qui ne seraient pas créatrices.

Il faut donc critiquer certaines expressions que nous trouvons dans la Bible (c’est normal, puisque la Bible est une pédagogie, et une pédagogie progressive). C’est ainsi que, dans le deuxième récit de la création, le plus ancien, Dieu est comparé à un potier qui façonne l’argile. Dans le premier récit, celui qui est le plus récent, l’image du potier est abandonnée ; le verbe « façonner » est supprimé et remplacé par un verbe nouveau qui signifie proprement « créer » et qui est le fruit d’une réflexion approfondie du peuple juif.

Dieu ne fabrique pas le plus petit élément du monde, pas le plus mince atome. On ne fabrique pas des libertés, car le propre de la liberté est précisément de n’être pas fabriquée et de ne pas pouvoir l’être, elle n’est pas un objet. La liberté n’est liberté que si elle se crée elle-même.

Dans la mesure où ils s’imaginent un dieu fabricant, des athées ont beau jeu de protester au nom de la dignité de l’homme. Il serait contraire à notre dignité d’avoir été fabriqués par un éternel potier. Nous éliminons donc cette idée absurde autant que dangereuse d’un monde qui serait fabriqué par Dieu. Nous ne sommes pas fabriqués par Dieu, « comme l’artisan fabrique un coupe-papier » selon l’expression de J.-P. Sartre.

François Varillon, extraits de ses conférences
cf "Joie de croire, joie de vivre", p. 150