Cardinal Martini : Où avez-vous pris vos forces et votre courage ?

Chaque chrétien vivant avec la Bible devrait, pour les questions déterminantes, trouver ses propres réponses afin de pouvoir témoigner de sa foi et la justifier également vis-à-vis des autres.

Cardinal Martini, le rêve de Jérusalem J’ai eu sur mon chemin de vie, un grand avantage parce que la Bible et les langues bibliques constituaient ma profession. Sans parler de l’étude scientifique de la Bible, je crois que l’Evangile est le fonds le plus riche dans lequel peut puiser un homme qui assume une responsabilité pour d’autres.

Cela est vrai non seulement pour les jeunes, mais aussi pour une mère ou un père, ainsi que pour tous ceux qui sont actifs dans la pastorale. Je connais aussi des dirigeants du monde économique qui lisent tous les jours des passages de l’Ecriture sainte afin d’y puiser des idées et de la force, ainsi que des consolations.

Il n’est pas nécessaire d’avoir étudié la théologie pour voir s’ouvrir les trésors de l’Ecriture. Il suffit d’avoir le courage de commencer cette lecture. Ensuite on y prend goût. Mais cet exercice se révèle plus facile lorsqu’on n’est pas seul, lorsqu’on lit et écoute avec d’autres.

« Je fais entièrement confiance au cœur qui écoute »

Je recommande fortement de faire une pause après l’écoute de la Parole. Dans le silence, une réponse s’éveille chez chacun des auditeurs ou auditrices. Peut-être aussi, des questions émergeront. Je fais entièrement confiance au cœur qui écoute. A lui, Jésus s’ouvre encore aujourd’hui.

Si, en revanche, on cherche seul l’accès à la Bible, le mieux est de se fixer un programme : il faut réserver pour cela quelques minutes chaque jour ou bien regarder chaque semaine l’Evangile du dimanche, voire l’apprendre par cœur ; on encore lire la Bible d’un bout à l’autre, peut-être souligner ou extraire certains mots et, ce faisant, noter des questions ou des idées personnelles. C’est de ce genre d’initiatives que sont nées les écoles bibliques. La plus célèbre est sans doute celle formée autour de Jésus. Dans le judaïsme, les écoles bibliques constituent une vieille tradition, et précisément la ville de Jérusalem en est pleine encore aujourd’hui. Ceux qui ont des questions vont voir un maître, leur rabbi, et apprennent la Bible.

Un effort de ce type serait important de nos jours, afin que les chrétiens deviennent plus libres. Au fond, chaque chrétien vivant avec la Bible devrait, pour les questions déterminantes, trouver ses propres réponses afin de pouvoir témoigner de sa foi et la justifier également vis-à-vis des autres. La paroisse et la grande Église deviendraient alors le cadre qui donne des impulsions et fournit un soutien, et non pas un service d’enseignement dont chaque chrétien dépend et qu’il prend assez souvent comme prétexte pour s’éloigner de l’Église. Les responsables de l’Église, y compris les évêques, ont besoin d’un vis-à-vis fort et sûr de lui. C’est sans doute la Bible qui aide le plus souvent à se former une opinion personnelle, ainsi qu’à former la conscience et donc la force intérieure.

Carlo Maria Martini, Le rêve de Jérusalem, DDB 2009, page 102