René Rémond a-t-il perdu l’espérance ?

Il faut avouer qu’en près d’un siècle nous avons tant vu bouger le christianisme, changer la société aussi, qu’il nous arrive de ne plus les reconnaître ni l’un ni l’autre.

En conclusion René Rémond a-t-il perdu l’espérance ?

Doute ? peut-être… Désabusé ? certes pas. Inquiet ou préoccupé ? assurément.
Il faut avouer qu’en près d’un siècle nous avons tant vu bouger le christianisme, changer la société aussi, qu’il nous arrive de ne plus les reconnaître ni l’un ni l’autre. En particulier, nous expérimentons aujourd’hui une situation sans précédent connu avec un christianisme plus minoritaire, dépouillé et fragilisé, hanté comme nous l’avons dit par son propre déclin. Or, il y a seulement quelques décennies - bien peu de temps à l’échelle humaine -, la génération à laquelle j’ai appartenu témoignait d’une réelle fierté d’être chrétiens. Il n’était pas question de déclin ! (…)

Dans la mesure où je demeure convaincu que le christianisme propose à l’homme une vérité susceptible de le libérer, l’effondrement de pans entiers du catholicisme, en particulier au plan culturel, ne laisse pas de m’affecter. Qui pourra témoigner demain des valeurs de dévouement, de générosité, de cette inquiétude au service de l’homme que nous venons d’évoquer ?
Impossible de ne pas regretter que d’autres, plus jeunes, ne connaissent le bonheur et la plénitude que nous avons connus… (…)

On ne reviendra plus à une religion de la contrainte, de l’obligation. Les « fidèles », comme on disait autrefois, ne se reproduisent plus à l’identique d’une génération à l’autre. Un individu entend se déterminer lui-même, au risque parfois de se perdre. L’Église doit absolument en prendre acte. Ce changement est sans doute beaucoup plus important que l’effondrement des structures et des institutions. (…)

C’est vrai, et même au terme d’un siècle qui a vu deux guerres mondiales, les totalitarismes avec les génocides que l’on sait, je ne me résous pas au pessimisme. Je garde un fond d’optimisme naturel, car il me semble que l’humanité a toujours su trouver en elle la réponse à ses problèmes. J’avoue avoir de l’admiration, et même de l’émerveillement quand je considère l’histoire, sur laquelle j’ai eu la chance de travailler et de réfléchir, et que je vois tout ce dont l’homme est capable et qui est extraordinaire. Sans prétendre jouer au devin, je suis prêt à parier qu’il sera capable demain encore d’ouvrir des chemins de liberté et d’espérance.

Pourquoi ne le ferait-il pas sous l’impulsion et l’inspiration du christianisme ?

"Le Christianisme en accusation" p. 153-156