L’« ordre moral », qu’est-ce à dire ?

L’expression d’« ordre moral » dans son acception actuelle date des débuts de la IIIe République, au lendemain de la défaite de la France et de l’écrasement de la Commune de Paris.

« L’ordre moral », qu’est-ce à dire ?
Les temps qui ont suivi la « Commune ».
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L’expression d’« ordre moral » dans son acception actuelle date des débuts de la IIIe République, au lendemain de la défaite de la France et de l’écrasement de la Commune de Paris. Il ne faut pas sous-estimer l’effet psychologique de ces événements : pour une partie de l’opinion, pour l’aristocratie, pour la bourgeoisie, catholique ou non, pour la paysannerie aussi la Commune représente le Mal et a révélé une véritable menace pour l’ordre social. La répression de l’insurrection fut sanglante, les communards n’avaient pas fait preuve de plus d’humanité. Les deux gouvernements de droite présidés par le duc de Broglie ont visé à contenir l’influence des « radicaux », soit ceux qui entendent pousser jusqu’au bout l’application des principes de 1789 et qui apparaissent comme subversifs de l’ordre moral. Broglie pratique une politique de répression qui trouve l’appui de l’Église. Celle-ci a entrepris l’érection de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre en esprit de pénitence pour les crimes dont la Commune s’est rendue coupable. Cette politique répressive se traduit par la révocation de fonctionnaires « qui pensent mal » mais aussi par des mesures réductrices des libertés. Ainsi les tribunaux font-ils preuve d’une sévérité accrue, on ferme les cafés qui tiennent lieu de permanence pour les partis de gauche et font concurrence à la messe le dimanche matin.

De telles mesures ne peuvent que plaire aux curés, qui supportent mal que les hommes parlent politique au café pendant que les femmes vont à la messe. Après une première expérience d’ordre moral en 1873, celle-ci reprend le 16 mai 1877 après la dissolution de la Chambre de gauche. Durant la campagne électorale assez vive qui oppose en particulier Gambetta à Mac-Mahon, le gouvernement du duc de Broglie recourt à nouveau aux mesures de contrainte, ce qui achève de discréditer aux yeux d’une partie de l’opinion le thème de l’ordre moral. La gauche en gardera la conviction que cette notion est intrinsèquement réactionnaire, et qu’elle désigne une politique de droite qui conjugue des mesures défavorables aux libertés et favorables à l’Eglise.

Quand la République prendra plus tard des mesures répressives, elle le fera toujours au nom de la défense de « l’ordre républicain ». De même que la gauche appellera à la constitution d’un « front républicain » réunissant toutes ses composantes chaque fois qu’elle estimera la République en danger. Sous couvert d’ordre républicain, on prendra des mesures qui s’apparentent à l’ordre moral…