Comment éduquer la conscience ?

Les Français ne savent pas débattre. Les programmes scolaires prévoient bien un apprentissage du débat argumenté dans le cadre de l’éducation civique, mais les effets ne s’en font guère sentir.

Comment éduquer la conscience ?
Les Français ne savent pas débattre.
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- Comment éduquer alors les citoyens à cette formation de la liberté de conscience ? L’école peut-elle jouer ce rôle, pour permettre à des jeunes d’acquérir ce sens de la réflexion ? Peut-on d’ailleurs concilier ce sens du doute dont vous parlez et l’acquisition de connaissances par le biais d’une transmission plus autoritaire ?

Cette approche du doute méthodique ne sera pas pratiquée de la même façon selon que l’on enseigne les mathématiques ou la philosophie. Pour répondre franchement à votre question, je dirai que l’école ne parvient guère à éduquer ce sens du débat qui permet à la conscience de se forger un point de vue raisonné.

Les programmes scolaires prévoient bien un apprentissage du débat argumenté dans le cadre de l’éducation civique, mais les effets ne s’en font guère sentir. Certains verront dans notre inaptitude au débat la trace de notre culture catholique, d’autres insisteront sur le thème de l’exception française et de ses oppositions chroniques, mais il faut bien se rendre à l’évidence : notre société n’a guère l’habitude du débat.

À la différence d’autres pays, comme la Suisse, la plupart de nos concitoyens ne savent pas bien débattre. Ils ont du mal à formuler leur propre pensée, plus encore à prêter attention à celle d’autrui et à y donner une réponse pertinente.
Voyez le débat à propos du lundi de Pentecôte ! À quel moment s’est-on vraiment penché sur le sujet pour en discuter sereinement en dehors des effets d’annonce, des surenchères médiatiques, des arguments électoralistes ou des refus de principe ?

Quant au débat sur le projet de Constitution européenne, il n’a jamais réussi à se centrer sur son objet propre : il a confondu le texte et le contexte et n’a pas placé les électeurs devant la véritable alternative.
La délibération parlementaire n’est guère plus satisfaisante : elle ne donne que rarement l’illustration de ce que devrait être une discussion de fond. La plupart du temps, la majorité vote le texte proposé par le gouvernement sans ciller et rejette tous les amendements de l’opposition… et celle-ci fait preuve d’une vraie surdité face aux arguments de la majorité. La discussion oppose bloc contre bloc des inconditionnels.
Les groupes politiques ne tolèrent guère de dissidence dans leurs rangs : il est regrettable que sur des sujets qui par nature appellent un jugement relatif et suscitent une pluralité d’opinions, ils laissent si rarement s’exprimer le droit à la liberté de conscience, comme ils l’ont fait pour l’abolition de la peine de mort.