L’engagement devant Dieu et l’engagement des uns envers les autres

Hier, on voulait savoir si vous pouvez aller au paradis. — Mon père, il a dit que comme vous faites des bonnes choses, c’est possible que oui.

Dans les monastères, il y a les « vœux solennels » qui lient pour toujours celui qui les prononce à sa communauté. A Tamié, un vieux frère m’avait confié humblement :
« Le jour des vœux, c’est magnifique : on donne sa vie à Dieu à la louche ; mais après on la reprend chaque jour à la petite cuillère ! »
Sans nous payer de mots, nous distinguons trois dimensions dans « l’engagement ».

D’abord, il y a l’engagement devant Dieu, qui est une décision strictement personnelle :
« On n’imposera pas les mains à une vierge, mais sa décision seule la fait vierge »,
précisent les Traditions apostoliques. Ensuite, il y a l’engagement des uns envers les autres : les vœux monastiques, comme le mariage, sont par nature communautaires. Enfin, il y a la communion avec l’évêque. Il ne s’agit pas de lui prêter serment, car il ne reçoit pas le consentement des époux ou le vœu des moines. Mais il doit approuver notre démarche.

Le 5 septembre, j’écris, au nom de tous, à l’évêque de Marseille :
« En conclusion de notre « chapitre général », nous avons décidé de nous engager à suivre le Christ ensemble en essayant de rester fidèles aux appels particuliers de l’Esprit dans le cadre de nos sept piliers. Notre engagement aura lieu en présence du père Jean Lahondes, en notre petit oratoire, durant la prière du soir rassemblant notre communauté au milieu de nos voisins. »

Le vendredi 6 septembre, les vêpres commencent par un temps d’oraison, suivi de l’ouverture, de l’hymne et de trois psaumes. Jean lit, à notre demande, l’Évangile. Puis, je prononce ces mots :
« Seigneur Dieu, aujourd’hui, nous te présentons, et nous présentons les uns aux autres, le désir de nous engager à suivre le Christ ensemble, en essayant de rester fidèles aux appels particuliers de l’Esprit dans le cadre des sept piliers de la Fraternité Saint Paul. »

Karim poursuit :
« Seigneur Christ, nous nous engageons à te suivre dans le célibat, dans la fidélité à la prière, en habitant un logement ordinaire en quartier urbain pauvre, en vivant de notre travail à temps partiel, en accueillant avec joie nos voisins, en restant ouverts à l’entraide et au partage, et en participant à la vie paroissiale et diocésaine dans nos Eglises locales respectives. »

Jean-Michel, qui revient à Marseille au moins une fois par an, conclut :
« Esprit d’Amour, nous nous engageons aujourd’hui au milieu de nos voisins les plus proches, et en communion avec ceux qui sont loin. Nous voulons leur donner notre vie comme le Christ l’a fait pour nous, lui, le Messie des pauvres, Verbe de Dieu venu habiter parmi nous, parfaite révélation de l’amour du Père pour tout homme. »

La célébration s’achève. On sonne à la porte. Une de nos petites voisines vient rendre un livre qu’elle a emprunté dans notre bibliothèque. Pendant que j’en prends note dans le classeur prévu à cet effet, elle raconte à Karim la dernière discussion familiale.

  • Hier, on voulait savoir si vous pouvez aller au paradis.
  • Pourquoi on n’irait pas au paradis ?
  • Parce que vous êtes chrétiens.
  • Alors, on n’a aucune chance d’y aller au paradis ?
  • Mon père, il a dit que comme vous faites des bonnes choses, c’est possible que oui.
  • Et alors, qu’est-ce que tu en penses ?
  • Bah, je suis contente pour vous !.

Henry Quinson : « Moine des Cités » p. 176