Comment résister au mal ? ( 1 / 2 )

Exposé donné à la paroisse St-Dominique (Paris XIV°) le jeudi 17 mai 2005 dans le cadre du Cours Alpha (n° 11)

Introduction

« Je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas. »
dit Paul dans sa lettre aux Romains (Romains 7, 19)

C’est là une réalité dont chacun de nous a bien conscience. On ne reconnaît pas cette limite face à soi-même sans une certaine souffrance. Le reconnaître devant les autres est encore plus difficile.

Mais d’où vient ce mal que je constate dans ma vie ? Les causes sont multiples semble-t-il. On accuse parfois son caractère, son hérédité, sa malchance, la fatalité et bien d’autres choses encore.

Mais existe-t-il d’autres forces qui nous poussent à mal faire ? On est porté à le croire pour fuir ou diminuer sa responsabilité. Si ces forces obscures existent réellement, quelle est leur puissance, comment agissent-elles. Et en fin de compte sommes-nous vraiment libres ? La réponse n’est pas simple.
Pour en trouver une nous allons chercher du côté de l’Ecriture Sainte. On y trouve consignée l’expérience de multiples croyants qui ont su résister au mal et trouver le bonheur.

Le chemin qui nous conduit vers Dieu
n’est pas une route facile.

« Si quelqu’un veut venir à ma suite, dit Jésus, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 24)
Il dit aussi que
« la voie qui mène à la perdition est large ».
(Mt 7,13-14)
Il parle de la porte étroite.

Devant de tels propos des disciples lui ont dit un jour :
« Mais s’il en est ainsi qui pourra être sauvé ? » « Pour les hommes c’est impossible, a-t-il répondu, mais pour Dieu tout est possible. »
(Mt 19, 25)
D’autres paroles de Jésus sont plus rassurantes. Il nous dit que son « joug est aisé et mon fardeau léger. » (Mt 11, 30)

la vie est un combat.

De la lecture de l’Ecriture nul doute que l’on retire l’idée que la vie est un combat. On y parle fréquemment d’un être surnaturel ennemi de l’homme. Son nom est Satan, un mot hébreu qui se traduit en grec par « diabolos ». En français on parle aussi bien de Satan que de Diable. Satan est celui qui sème la division.

D’après le livre de Job

Regardons comment il est mis en scène dans le livre de Job. Il ne s’agit pas d’un livre historique mais d’un écrit de sagesse, un récit destiné à présenter des enseignements de manière concrète et agréable.

Au début du livre on voit Dieu qui réunit son conseil. Il y a là ses amis mais curieusement Satan est invité lui aussi.
Ca fait bizarre pour notre mentalité. On nous dit que Dieu est tout-puissant et pourtant il n’anéantit pas Satan, son ennemi.
Cela conforte l’idée que le Dieu créateur s’est lié les mains en créant des êtres à qui il a donné la liberté et qui peuvent semer la pagaille dans sa création.

Au commencement de ce grand conseil Dieu lui demande d’où il vient. Satan répond qu’il vient de parcourir la terre.
Alors Dieu, plein de satisfaction, lui demande s’il a remarqué Job son serviteur. C’est un homme riche, très riche en brebis, bœufs, chameaux. C’est aussi un homme comblé dans sa famille avec de nombreux enfants qui s’entendent bien. Job qui ne peut rien souhaiter de plus est aussi un bon serviteur de Dieu.

Quand tout va bien il est facile de bénir Dieu.

Satan fait remarquer que dans de telles conditions c’est facile de bénir Dieu. Il obtient la permission de mettre à l’épreuve ce bon serviteur. Qu’on lui retire tous ses biens, alors on verra.
Dieu accepte le défi.
Remarquons que Satan n’est pas un être tout puissant. Il lui faut une sorte d’autorisation pour soumettre Job à l’épreuve.

Dans une première étape Job va perdre toutes ses richesses et même ses enfants. Pourtant il continue de bénir Dieu et prononce cette si belle parole :
« Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L’Eternel a donné, et l’Eternel a ôté ; que le nom de l’Eternel soit béni ! »
(Job 1, 21).
L’histoire continue. Satan ne s’avoue pas vaincu.
Et s’il s’attaquait aussi à la personne même de ce juste ? Voilà Job vraiment poussé à bout. Tout le monde l’abandonne. Au milieu de toutes ses épreuves il interroge Dieu et c’est ce si beau poème qui est une longue méditation sur l’origine du mal. Mais jamais il ne maudira Dieu.
Sans doute qu’au Conseil suivant Satan doit s’avouer vaincu.

Satan dans les récits évangéliques

Ce même Satan est très présent dans les récits évangéliques. On amène fréquemment à Jésus des hommes tourmentés par des esprits mauvais. Il arrive que ces « possédés » s’écrient :
« Qu’y a-t-il entre nous et toi, Jésus de Nazareth ? Tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. »
(Marc 1:24)
Dans ces circonstances Jésus, par delà la personne présente, interpelle ce qu’il désigne comme l’esprit mauvais. Dans chaque confrontation qui nous est racontée Jésus sort grand vainqueur sans conteste. Ce sont parfois des scènes pénibles à voir pour ceux qui y assistent mais le malade en sort complètement guéri.

Du reste l’un des privilèges qu’il accorde à ses disciples quand il les envoie en mission c’est de chasser les démons.
Quand on lit les Evangiles ou les autres écrits du Nouveau Testament on ne peut douter qu’il y ait un monde des ténèbres avec des esprits mauvais qui en veulent aux hommes.
Ceux qui de nos jours, n’écoutant que leur bon cœur, nous disent que l’enfer n’existe pas feraient bien de relire tous ces nombreux passages où il est question du royaume du mal.
Nul doute qu’il faille croire au diable, mais prenons garde de ne pas voir le diable partout.

Ne pas nier sa responsabilité.

On peut être tenté de se débarrasser de sa responsabilité en accusant les autres ou le diable.
Reprenons le texte si célèbre du péché d’Adam et Eve au paradis terrestre.

Dans ce récit du chapitre III de la Genèse Adam répond à Dieu que s’il a mangé du fruit défendu c’est à cause d’Eve.
« C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre et j’en ai mangé ! »

A son tour la femme accuse le serpent qui représente Satan :
« C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé. »
(Genèse 3:13)
La suite du récit nous montre que ces excuses ne vont pas leur épargner les conséquences de leur conduite.

A quoi attribuer le mal dans le concret de nos vies ?

Quand on prend conscience qu’on a fait le mal il est bien difficile de faire la part de ce qui revient à nos mauvaises tendances et à l’Esprit du mal.
Lorsque les malheurs s’accumulent pour nous on est tenté de se dire qu’on est ensorcelé, envoûté, qu’on nous a jeté le mauvais œil. On fait alors le gros dos dans la crainte de ce qui va encore nous tomber dessus. On est porté à croire que tout est écrit d’avance et que ce n’est pas la peine de lutter.

Il est malsain de voir le diable partout.

Il faut se rappeler que Jésus a vaincu le mal et que si nous sommes avec lui nous serons vainqueurs nous aussi. Avec la baisse ou la perte de la foi on voit réapparaître les grandes peurs des religions naturelles dont le christianisme est venu nous délivrer.
A ce propos il est intéressant de lire le livre de Mgr Hippolyte Simon qui s’intitule « Vers une France païenne ? »

Comment Satan agit dans nos vies :

Le cours Alpha nous invite à réfléchir sur la manière dont le diable agit dans nos vies.
Soulignons avant tout qu’il avance toujours masqué.
Sa force est dans sa ruse. C’est avec raison qu’on l’appelle le père du mensonge.

Dans le récit de la Genèse dont nous venons de parler il séduit Adam et Eve en semant le doute. Pourquoi Dieu a-t-il interdit que l’on mange de ce fruit défendu ? C’est qu’il ne veut pas que ces premiers hommes grandissent.
« Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez point ».
(Genèse 3:4)
Voilà le doute semé : ‘Dieu ne veut pas notre bonheur, il nous trompe. Saisissons ce bien qui est à notre portée. Oublions notre condition de créature faible et dépendante. Ce qu’il a promis de nous donner plus tard, prenons-le nous-mêmes et tout de suite.
« La femme vit que l’arbre était bon à manger et agréable à la vue, et qu’il était précieux pour ouvrir l’intelligence »
(Genèse 3:6)

Ainsi le démon cherche à nous séduire. Il nous attire vers des chemins que notre conscience nous interdit. Il sait à merveille endormir notre conscience, contourner nos défenses. Sans cesse il étale devant nos yeux les avantages du fruit défendu. Il sait qu’il peut compter sur des complicités qui se cachent en nous.

Cela nous rappelle ces grandes affiches qui s’étalent sur nos murs pour nous vanter les mérites de certains produits dont nous n’avons pas vraiment besoin. Si l’on n’y prend garde on finit par « craquer » comme on dit, au risque de déséquilibrer notre budget.
Quand on a cédé une première fois la voix intérieure pousse des cris puis elle devient de plus en plus discrète et si on refuse toujours de l’écouter elle finit par se taire.

La tentation de Jésus au désert

Quand on lit le beau texte de la tentation de Jésus au désert dans l’Evangile selon saint Matthieu au chapitre 4. On voit que le diable sait admirablement s’y prendre. Il connaît les défauts de la cuirasse.
« Le tentateur, s’étant approché, lui dit : Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »

Jésus a faim, il est épuisé par un long jeûne. Satan pense que c’est pas ce biais qu’on peut l’amener à user de sa puissance pour son propre avantage. Mais Jésus a deviné le piège et il répond :
« L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
(Mt 4 :4)
Satan essaie d’autres pièges. Il essaie de pousser Jésus vers la démesure ou encore de l’attirer par l’ambition.
« Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : Je te donnerai toutes ces choses, si tu te prosternes et m’adores. »
(Mt 4 :8-9)

La grande force du démon c’est qu’il n’est pas seul.

Il s’est acquis des disciples parmi les hommes. Ceux-ci se sont laissés entraîner sur « la voie qui mène à la perdition ». (Mt 7,13) selon la formule de Jésus. Et ils nous encouragent à marcher avec eux comme si cela pouvait les rassurer.
Il est bien difficile de résister quand on est pris dans une bande de copains. ‘Pourquoi ne veux-tu pas faire comme les autres ? Tu n’es qu’un faible, un minable !’ Quand l’affaire tourne mal on a beau se dire qu’après tout on n’était pas tout seul. Ca n’arrange pas grand chose.
Jésus a des paroles terribles à l’encontre de ceux qui entraînent leurs frères vers le mal.
« Il est nécessaire qu’il arrive des scandales ; mais malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! »
(Mt 18:7)

Chez certains le mal semble profondément enraciné.

On se demande vraiment si Satan n’est pas entré en eux.
Ces temps derniers on a fait mémoire de la Shoah à l’occasion du 60e anniversaire de la libération d’Auschwitz. On a pu mesurer à quels abîmes d’horreur certains hommes se sont enfoncés.
Inutile d’insister. Chacun aura suffisamment entendu parler des crimes commis sciemment sur des innocents aussi bien du temps du nazisme que de certains régimes communistes.
Comment peut-on imaginer que des hommes puissent trouver leur satisfaction à torturer leurs semblables ?

Il y a des disciples de Satan qui le sont sans le savoir mais il y a aussi ceux qui choisissent de lui rendre un culte. Le regain du Satanisme à notre époque est particulièrement inquiétant.
On sait que des jeunes s’y laissent entraîner. C’est malheureusement une des voies qui les conduit au suicide.

Satan en veut particulièrement à ceux qui
se donnent corps et âmes à Dieu.

Il lui arrive même de jeter le masque dans des cas de ce genre. On s’en persuade en lisant la vie du saint Curé d’Ars, par exemple. Il parlait d’un mystérieux être surnaturel qu’il appelait le « grappin » qui venait le tourmenter la nuit. Il disait même que lorsque ce « grappin » était particulièrement agressif c’était bon signe, c’est qu’il y avait quelque grand pécheur qui était en route pour venir se confesser.
Autre exemple plus près de nous : celui du Marthe Robin dont beaucoup parmi vous auront entendu parler. J’ai eu la chance de faire plusieurs retraites dans le site magnifique de La Flatière sous la conduite du Père Ravanel. Il avait fréquenté Marthe de très près du fait de ses fonctions. Pour lui ça ne faisait pas de doute que Satan s’acharnait certains jours sur cette femme si proche de Dieu.

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fr Bernard Méha