Fr. Varillon : L’Amour plus fort que la mort

Seul un Dieu qui m’aime a la puissance, non pas de m’empêcher de mourir, mais de me ressusciter.

Il faut bien comprendre pourquoi la Bible lie étroitement le péché et la mort, pourquoi saint Paul par exemple affirme que « la mort est le salaire du péché ». Le péché, en son essence, est une affirmation d’autarcie ; le pécheur est celui qui veut être « comme Dieu », c’est-à-dire subsister éternellement en lui-même et par lui-même. Or l’homme ne peut subsister en soi et par soi : vouloir cela, aspirer à cela, c’est en réalité se livrer à la mort.

Mais comment subsister en un autre, ou en d’autres ? Il y a plusieurs voies possibles. L’homme les a toutes essayées.

Il y en a surtout deux.

D’abord on veut survivre en ses enfants, se prolonger, comme on dit, dans ses enfants et petits-enfants. C’est bien pourquoi les peuples primitifs on toujours considéré le célibat et la stérilité comme une malédiction : n’avoir pas d’enfant, c’est l’impossibilité de survivre ; et avoir beaucoup d’enfants, c’est avoir plus de chance de survivre, c’est une bénédiction.

Ensuite on cherche à survivre dans la mémoire des hommes, on aspire à la gloire. Et l’on dit bien, en effet, quand on entend Mozart ou quand on contemple Rembrandt qu’ils sont toujours vivants parmi nous. Manière de parler, certes ! Nul ne s’y trompe : ni Rembrandt ni Mozart ne sont eux-mêmes vivants ; et moi qui les écoute ou les contemple, je ne les écouterai ni ne les contemplerai toujours ; je les rejoindrai dans une des innombrables nécropoles qui couvrent la terre.

Au vrai, je ne puis survivre en un autre que s’il existe un Autre qui soit lui-même éternel, et qui m’aime assez pour m’accueillir en Lui. On ne peut être immortel qu’en Dieu, si Dieu est Amour. Seul un Dieu qui m’aime a la puissance, non pas de m’empêcher de mourir, mais de me ressusciter. Seul l’amour est plus fort que la mort.

François Varillon, extraits de ses conférences
cf "Joie de croire, joie de vivre", p. 97