Une coutume serbe : la slava

La famille entière fête un saint qu’elle a choisi comme protecteur depuis des siècles.

Disons maintenant un mot d’une des coutumes nationales que les Serbes ont conservée avec beaucoup de fidélité. Il s’agit de la SLAVA qui date du temps des païens mais qui a été transformée par le christianisme en cérémonie fort pieuse. C’est la fête patronymique de la famille, tradition inconnue aux peuples voisins : Grecs , Bulgares ou Roumains.

Les Serbes ne célèbrent pas , comme nous, la fête de chaque membre de la famille. Mais la famille entière fête un saint qu’elle a choisi comme protecteur depuis des siècles. On suppose que cette pratique remonte à l’origine de leur christianisme, et qu’elle perpétue le souvenir du baptême du chef de la famille. Au cours des temps, elle s’est si profondément enracinée dans les mœurs qu’elle est devenue une institution nationale. Son importance est consacrée par le proverbe suivant : « Là où il y a la Slava, il y a des Serbes »

C’est cette coutume, si particulière aux Serbes, qui leur a servi à réclamer, comme territoire national, des régions de Macédoine que les Bulgares leur contestaient.

Une tradition qui remonterait au IXè siècle

La version la plus répandue sur l’origine de la slava la fait remonter au IX° siècle lors du grand mouvement de conversion qui amena le peuple serbe au christianisme. Comme chacune des habitations jusque là païennes avait un dieu protecteur, il n’était pas facile de faire disparaître ces divinités. On tourna la difficulté en conseillant aux néophytes de remplacer l’idole familiale par un saint chrétien. On en plaça l’image au même lieu dans l’intérieur de la maison, devant la vielleuse tournée vers le soleil levant. Comme les familles étaient alors groupées en communautés exploitant un même domaine et vivant sous l’autorité d’un Chef , le Saint choisi par celui-ci fut adopté par toute la petite tribu. C’est ce qui explique que le nombre de saints dont on fait la slava est fort restreint. Car chaque groupe se détachant pour aller fonder un nouveau hameau ou village emportait le culte de la famille primitive.

On trouve surtout en honneur actuellement les Saints- Nicolas, Michel, Pierre , Georges, Etienne, Alexandre, Jean, Dimitri et Savas. Le Saint le plus répandu est St Nicolas que célèbrent environ 40 pour cent des familles serbes ; aussi une personne de Belgrade ayant quelques relations ne peut guère passer ce jour-là que quelques minutes dans chaque maison, si elle veut faire visite à tous ses amis en fête.

La slava se célèbre en famille

La Slava se célèbre dans la famille : aussi longtemps que les parents sont vivants, les enfants, même mariés, reviennent ce jour-là au foyer domestique pour honorer en commun leur saint protecteur. Lorsque le père sent ses forces décliner au soir de sa vie, il réunit ses enfants et , en leur compagnie, il se rend à l’église où , en présence du prètre , se fait la transmission solennelle du droit de célébrer la Slava à l’aîné de la famille. Désormais il sera le représentant officiel et ce sera dans sa maison que se rassembleront frères et sœurs le jour de la slava.

Il y a aussi une Slava pour les villages, les églises …

Il y a aussi une Slava pour les villages, les églises , les monastères, institutions de tout genre , en particulier les écoles. Les corps de métiers ont aussi leur Slava, tels sont les cordonniers, les couturières, les garçons de café, voire même les associations de sport ou les sociétés joyeuses, comme celle des « 100 Kilos » et autres.

Au village tous les habitants font une procession, avec le prêtre en tête, priant Dieu de les protéger contre tous les malheurs. Un parrain est choisi pour recevoir la population et il l’accueille comme pour sa propre Slava, sous un arbre, près de la maison, trop petite sans doute pour y faire entrer tout le monde. Cet arbre devient désormais sacré. Personne n’y montera , ni même n’en cueillera les fruits, si c’est un arbre fruitier.

Les régiments ont leur Slava, eux aussi. .. La Slava est donc une cérémonie importante. Elle est célébrée aussi bien dans les villes qu’à la campagne et beaucoup de citoyens la font annoncer dans les journaux ainsi qu’il suit : »Tel jour aura lieu la Slava de Monsieur… »

Rituel de la Cérémonie -

Voici maintenant comment se déroule la cérémonie. Il faut un cierge, un Gâteau, du vin, de l’encens et des colybes ou mélange de grains de blé bouillis saupoudrés de sucre et garni d’amandes et de petites dragées.

Tout cela est préparé par les femmes de la maisonnée. Un des jours qui précède la cérémonie, le prêtre est venu purifier par une aspersion d’eau bénite les différentes pièces de la maison et les membres de la famille. Il a aspergé aussi, par honneur, l’image du Saint Patron. C’est après cela que les femmes se sont mises a confectionner le gâteau rituel et les sucreries. La veille de la fête , on allume la veilleuse qui restera devant l’image du Saint toute la journée et le lendemain encore consacré à la réception des invités et des amis.

Des fêtes qui durent deux ou trois jours

Le matin de la Slava , le prêtre vient bénir le gâteau placé près du cierge que le père de famille a allumé lui-même. Le dessus du gâteau est orné de dessins et au centre est une croix. Le prêtre le tient et le fait tourner lentement tout en récitant les formules de bénédiction. On coupe alors le gâteau en croix et le prêtre l’arrose de vin en disant les prières de circonstance.

C’est l’ouverture des fêtes qui durent ordinairement deux ou trois jours. Dès le matin les invités et amis affluent. Chacun entre en prononçant la formule de souhait de bonne fête et l’on embrasse le père de famille. Les jeunes filles servent alors à tous ceux qui viennent un peu de gâteau et des confitures puis une grande assiette garnie de petites patisseries accompagnées de liqueurs et enfin de café. Ce dernier est le signe que la visite a été bien accueillie et que le visiteur peut se retirer librement. Comme ce va-et-vient dure toute la journée on comprend que le soir celui qui a fait les honneurs soit épuisé de fatigue.

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Cet article a été publié par « Le Petit Juvéniste » en 1933
Il a été repris dans les Mémoires de fr Hilaire Détraz