De la culture à la sous-culture, p. 116

Par le truchement des nouvelles technologies de communication, une sous-culture populaire s’est répandue d’un bout à l’autre de la planète. Imagine-t-on que cela soit sans conséquence ?

Concernant l’héritage culturel - le troisième pilier de l’influence occidentale -, a-t-on bien mesuré ce qui s’est produit au cours des vingt dernières années ? Un ahurissant tintamarre s’est abattu sur le monde. Par le truchement des nouvelles technologies de communication (télévisions satellitaires, Internet, numérique, etc.), une sous-culture populaire s’est répandue d’un bout à l’autre de la planète. Produite par les grands réseaux privés de télévision (notamment américains), elle englobe un patchwork de variétés, de jeux télévisés, de séries policières ou sentimentales, d’informations formatées, et surtout de spots publicitaires criards. Cette « soupe » - mélange de musique d’aéroport, de cinéma au kilomètre et de bavardages distractifs - atteint les plus lointaines contrées, s’infiltre chaque jour dans le plus modeste village d’Afrique ou de Patagonie. Imagine-t-on que cela soit sans conséquence ?

Ce « spectacle », ce bruit et ces gloussements de studio correspondent à la nouvelle représentation que la modernité occidentale donne d’elle-même. Nous avons beau nous en défendre, c’est ainsi. La nouvelle visibilité du « Centre » se manifeste d’abord par la vulgarité d’un spectacle. Il est reçu nuit et jour par la périphérie, avec un mélange de fascination et de dégoût. Ce spectacle donne à voir au monde entier - sans qu’il puisse en profiter - des modes de vie qui sont à des années-lumière des traditions et des cultures véritables. Certes, tous ses effets ne sont pas négatifs. Il contribue à transformer les sociétés traditionnelles plus rapidement qu’on ne l’avait jamais fait.

J. C. Guillebaud  : Le commencement d’un monde p. 116

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