« Je ne haïrai point » Dr Izzeldin Abuelaish (II)

Né en 1955 dans le camp de réfugiés de Jabalia, à Gaza, je suis l’aîné de six frères et trois sœurs, et nos vies n’ont jamais été faciles. Mais même enfant, j’ai toujours cru en des lendemains meilleurs…

Né en 1955 dans le camp de réfugiés de Jabalia, à Gaza, je suis l’aîné de six frères et trois sœurs, et nos vies n’ont jamais été faciles. Mais même enfant, j’ai toujours cru en des lendemains meilleurs. Tout jeune, je savais qu’étudier était un privilège, une chose sacrée, la porte ouverte à tous les possibles. (p. 25)

Situation à Gaza

Couverture du livre

Gaza est une bombe humaine sur le point d’imploser. Des signaux sont émis tout au long de l’année 2008 mais le monde les ignore. L’élection du Hamas, en janvier 2006, fait monter la tension entre Israéliens et Palestiniens, tout comme les tirs sporadiques de roquettes Qassam vers Israël et les sanctions imposées aux Palestiniens par la communauté internationale.

Ces roquettes – de fabrication artisanale, elles ratent le plus souvent leur cible – sont l’instrument du désespoir. Elles poussent l’armée israélienne à une riposte disproportionnée, des attaques d’artillerie par hélicoptère qui sèment la mort et la destruction chez les Palestiniens dont les victimes sont souvent des enfants. En retour, d’autres roquettes Qassam sont tirées – et ce cycle infernal se reproduit sans cesse. (p. 23)

Extrait I de la couverture

Le cycle infernal de la revanche

La revanche, un mal endémique au Proche-Orient, ne les fera pas revenir [ses trois filles et sa nièce]. Ressentir de la colère est important dans des cas comme celui-ci, la colère montre que vous refusez ce qui s’est produit, elle vous incite à vouloir changer les choses. Mais il faut refuser d’entrer dans la spirale qui conduit à la haine. La revanche et la haine ne font que vous éloigner de la sagesse, qu’accroître la douleur et prolonger le combat. Le bien qui pourrait sortir de ce mal absolu, c’est qu’ensemble nous arrivions à combler le fossé qui nous sépare depuis six décennies. (p. 266)

« Ma vision du Proche-Orient »

Une tragédie ne doit pas mettre fin à nos vies. On ne doit pas la laisser prendre le dessus et nous anéantir. Ma vision du Proche-Orient est celle d’une zone de paix, sûre, où règnent la coopération et l’unité. Tel Martin Luther King Jr, moi aussi j’ai un rêve : que mes enfants, tous les Palestiniens et leurs enfants, et nos cousins, les Israéliens et leurs enfants, vivent en sécurité, soient bien nourris, aient leurs propres citoyenneté et identité. Ce rêve ne va pas se réaliser seulement avec des mots. Il revient à chacun de participer à la création d’une bonne entente, de travailler à promouvoir le rêve de la coexistence. (p. 285)

Extrait II de la couverture

« J’ai juré de ne pas me laisser envahir par la haine »

Quand vos enfants deviennent des ‘dommages collatéraux’ dans un conflit qui semble sans fin, quand vous avez vu leurs corps déchiquetés et décapités, leurs jeunes vies supprimées, comment faire pour ne pas haïr ? Comment éviter de devenir enragé ? J’ai juré de ne pas me laisser envahir par la haine et d’éviter la colère grâce à ma foi profonde. Le Coran m’a appris qu’il faut accepter la souffrance en silence et pardonner aux responsables des injustices dont cette souffrance découle. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas agir pour corriger ces injustices. (p. 304)

Extrait III de la couverture

« Je crois que le mal vient de l’homme »

Ce livre parle aussi de liberté. Nous devons tous travailler à nous libérer des maladies, de la pauvreté, de l’ignorance, de l’oppression et de la haine. Dans le cours d’une seule horrible année, ma famille et moi avons traversé des tragédies inimaginables. Mais en tant que croyant, que musulman à la foi bien ancrée, je crois vraiment que ce qui nous vient de Dieu l’est au nom du bien, que le mal vient de l’homme et peut être évité ou transformé. (p. 303)

Son projet : une fondation « Filles pour la vie »

Bien qu’une compensation ait été envisagée pour leurs morts [celle de ses trois filles et de sa nièce], aucun paiement n’a encore été effectué – ni d’excuses présentées. Le gouvernement israélien a déclaré avoir visé ma maison et tué mes filles par erreur, mais il ne s’est jamais excusé. Aucun personnage officiel ne m’a dit :’Je suis désolé.’ Si les responsables israéliens font ce qu’ils disent, ils paieront une compensation et présenteront leurs excuses pour l’erreur commise. Alors le sang de mes filles permettra de récolter l’argent nécessaire au lancement de ‘Filles pour la vie’ , une fondation dédiée au changement du statut et du rôle des femmes. (p. 299)