« L’Église réelle, celle que je redécouvrais »

L’Église réelle, celle que je redécouvrais, faisait plutôt songer à ces communautés chrétiennes des premiers siècles, solidaires et joyeuses.

Elle était donc là, cette « puissante » institution catholique à qui nous réservions nos flèches et nos critiques, ce catholicisme dominateur et clérical face auquel nous recommandions la méfiance ! Je mesurais l’absurdité de certains réflexes, de certains discours auxquels j’avais moi-même adhéré. L’anticléricalisme contemporain, y compris celui des chrétiens de gauche, me semblait tout à coup décalé du réel, aussi paradoxal que l’antisémitisme sans juifs de certains Polonais.

L’Église réelle, celle que je redécouvrais, faisait plutôt songer à ces communautés chrétiennes des premiers siècles, solidaires et joyeuses mais tenues à l’œil (dans le meilleur des cas) par le pouvoir romain. Dans un premier temps, c’est cette interprétation optimiste que je fis mienne. Que l’Église catholique ait perdu sa richesse, son omniprésence et sa puissance rend assez risible l’anticléricalisme façon IIIe République qui renaît dans nos sociétés, mais cela ouvre peut-être la voie à un extraordinaire rajeunissement du christianisme.

J.C. Guillebaud, « Comment je suis redevenu chrétien » p. 132