Rites initiatiques, l’émission « Jackass »

Les rites initiatiques au sein de la bande de potes ont toujours existé. Mais ils semblent prendre un essor tout particulier ces dernières années.

Rites initiatiques, l’émission « Jackass ».
La thématique de la mort.

Bien sûr, ces rites initiatiques au sein de la bande de potes ont toujours existé. Mais ils semblent prendre un essor tout particulier ces dernières années, sans doute parce que les lieux d’initiation au monde adulte, proposés et organisés par des adultes, comme pouvait l’être en son temps le service militaire, n’existent plus. Du coup, les jeunes en sont réduits à se bricoler eux-mêmes leurs propres rites, souvent de manière excessive et inconsidérée.

L’incroyable succès rencontré auprès des jeunes par l’émission de télévision « Jackass » pourrait bien s’expliquer ainsi. Tourné aux Etats-Unis et diffusé en France sur le câble, ce programme propose toutes sortes de défis sado-maso et cascades aussi grotesques que terriblement dangereuses.
Outre-Atlantique, deux jeunes ont déjà trouvé la mort en tentant de reproduire dans la vraie vie ces « jackasseries » télé-visuelles. Dans l’Hexagone, on ne déplore pour l’instant que des blessés. Mais pour combien de temps encore ?

N’oublions pas non plus que notre société a une nette tendance à louvoyer avec une thématique essentielle à l’adolescence, celle de la mort. Nul endroit pour en parler, pour l’apprivoiser, pour y réfléchir. Et au contraire même, la volonté farouche de la taire, de la cacher à tout prix. Résultat, face à ce refoulement, les ados sont livrés à leur désir de mort inconscient. Car l’adolescence est un âge très physique et très métaphysique.
Les violents changements intérieurs et corporels amènent à se frotter psychiquement et concrètement aux limites de la vie. Rien d’étonnant dès lors à ce que certains prennent le volant au petit matin, après une nuit bien arrosée en discothèque et jouent à la roulette russe. D’une manière ou d’une autre, il faut bien se frotter à cette mort, à ce risque, à ce réel que les adultes voudraient leur épargner. Et dans ce contexte, le groupe en rajoute, il incite, pousse, exacerbe.

Jacques Arènes, « N’ayons pas peur des ados » p. 48-49