La Bretagne au XIXe siècle : croire et parler breton

« Nous avons presque à civiliser cette province si belle mais encore si sauvage. »

Au début de la monarchie de Juillet en 1831, le sous-préfet de Quimperlé écrit :
« La Basse -Bretagne [… ] est une contrée à part et qui n’est plus la France. »
Ses solutions pour en venir à bout : la soumettre « à une sorte de régime colonial », ou encore, « pour l’amélioration de la race bretonne », n’accorder « la première communion qu’aux seuls enfants parlant le français ».

« Civiliser cette province si belle et si sauvage »

La même année, les préfets du Finistère et des Côtes-du-Nord donnent des ordres catégoriques :
« Il faut, par tous les moyens possibles, favoriser l’appauvrissement, la corruption du breton… Il faut absolument détruire [ce] langage. »
Moins expéditif, mais tout aussi déterminé, le secrétaire de Guizot laisse échapper ces mots dix ans plus tard :
« « Nous avons presque à civiliser cette province si belle mais encore si sauvage » [… ]. C’est vraiment pitié de ne point travailler plus activement que nous le faisons à civiliser, à franciser tout à fait cette belle province à l’entêtement si fier. »

« Interdire l’idiome honni au catéchisme et à l’église »

Beaucoup plus tard, à l’heure de la République radicale et anticléricale, Combes, excédé de l’échec de la francisation sur le long terme, est décidé à en finir : en 1902, il prétend interdire l’idiome honni au catéchisme et à l’église. En vain.

En vérité, plus que la différence linguistique, ce que redoutent les ministères, ce sont les menées régionalistes, voire séparatistes, qui ébranleraient les régimes en place. La France se méfie de la Bretagne dans la mesure où elle lui semble étrangère, surtout quand elle est dirigée par des hommes de gauche qui considèrent l’ancien duché comme un fief politique de droite. Or les Bretons ne peuvent supporter d’être traités comme de dangereux réactionnaires, de redoutables nostalgiques du passé, des pestiférés de l’Ancien Régime.

Extrait de Philippe Tourault : « La résistance bretonne du XV° siècle à nos jours » Perrin, 2002 p. 247