Maïti Girtanner, de la Résistance au pardon

Nouvelle version de cet article. J’y ai ajouté un lien / Article paru dans le journal La Croix, 31 mars 2014 à l’occasion du décès de Maïti Girtaner. (suivi d’une vidéo dans laquelle elle raconte…)

« Pardonner (…) ce n’est plus seulement accorder des pardons ponctuels et répétés, c’est entrer dans un nouveau regard sur nos frères. C’est vivre à leurs côtés enveloppés de la miséricorde du Père qui nous restaure dans notre liberté d’enfants bien-aimés capables d’aimer malgré tout. »

Une chronique de Mgr Denis Jachiet, vicaire général.

Pardonner une fois oui, 70 fois non !


Cette grande figure spirituelle, connue pour avoir pardonné à celui qui fut son bourreau pendant la guerre, s’est éteinte le 28 mars (2014).

Figure de la Résistance, professeur de philosophie, laïque dominicaine, Maïti Girtanner s’est éteinte vendredi 28 mars à l’âge de 92 ans. Torturée par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, elle avait trouvé la force de pardonner à son bourreau, un jeune médecin formé dans les rangs de la Gestapo, lorsque, quarante plus tard, ce dernier était venu en France la retrouver. Diffusé par l’émission « Le jour du Seigneur », son témoignage, empreint d’une force et d’une simplicité inouïes, a révélé au public une grande figure spirituelle.

Née en 1922 près de Saint-Gall (Suisse) d’un père suisse et d’une mère française, Maïti Girtanner est élevée par son grand-père maternel, professeur au Conservatoire national supérieur de Paris, dans la maison familiale du Poitou. Elle révèle très tôt un immense talent de pianiste. Entrée dans la Résistance à 17 ans en jouant les passeurs au bord de la Vienne, elle est arrêtée et condamnée à mort en 1943.

Croupissant dans une cave avec une vingtaine d’autres détenus, elle devient le jouet de Léo, 26 ans, jeune médecin recruté par la Gestapo pour éliminer les « terroristes » avec les techniques de torture les plus sophistiquées. Par des atteintes multiples à la moelle épinière, il fait en sorte de détruire le système nerveux de la jeune femme. Elle sera sauvée in extremis en février 1944, mais gardera des séquelles irréparables.

« Très, très vite, j’ai eu le désir fou, irrépressible, de pouvoir pardonner à cet homme »,
confie-t-elle face à la caméra, cinquante ans plus tard. Celle qui ne retouchera jamais un piano, renoncera à se marier et à avoir des enfants, le vit venir à elle en 1984. Malade, à l’article de la mort, « Léo », dont elle ne prononça jamais le nom, s’était souvenu de ses conversations avec cette jeune femme à l’intelligence vive, qui parlait de Dieu et de « l’après-vie » avec ses compagnons de torture.
« Qu’est-ce que je peux faire ? »
lui demande alors celui qui était devenu un père de famille respecté.
« Ne vivez que d’amour, puisqu’il vous reste quelques semaines. »
À ceux qui la rencontraient, elle confiait dans ses dernières années :
« Je prie encore pour lui. Et je suis sûre que le Seigneur a entendu ma prière. »

SAMUEL LIEVEN


(La Croix 31 mars 2014)


Maïti Girtanner - Après 40 ans, elle rencontre, pardonne et invite