La catastrophe de Monastir

Explosion d’en dépôt de munition. Comment il a fallu faire face à la situation. Le récit du fr Directeur de l’école.

A Monastir où si longtemps, pendant la guerre, s’étaient entassées les munitions de l’armée d’Orient, il était resté des stocks importants vendus au gouvernement Serbe. Ces stocks accumulés près de la gare en dehors de la ville n’en étaient pourtant qu’à une distance de quelques centaines de mètres. Le 18 avril, Mardi de Pâques, vers 9 h. du matin, commença une série d’explosions qui devaient avoir une suite des plus terrifiantes et provoquer, en plus des incendies et des éboulements ordinaires en pareil cas , un grand nombre de morts.

Le récit du Fr. Frument Jérôme Fournier

Voici le récit du Fr. Directeur de notre école récemment restaurée :
« Vers 9 h. du matin, écrit-il, un crépitement accompagné de fumée nous avertit que le feu venait de prendre dans le dépôt des munitions du Champ de Mars. Sans trop attacher d’importance à l’incendie , je donnai pourtant l’ordre de tenir toutes les portes et fenêtres ouvertes et chacun continua à travailler.

Bientôt une secousse très forte accompagnant une terrible explosion vint mettre le voisinage en émoi. Les gens paraissaient inquiets et plusieurs même commençaient à fuir. Vingt minutes ne s’étaient pas écoulées qu’une nouvelle explosion , moins formidable , cette fois , vint nous secouer comme des feuilles , ébranlant notre maison dans tous les sens. En même temps , les vitres sautaient en miettes, les portes et fenêtres projetées, enfoncées et brisées joignaient leur tintamarre à celui de la détonation. Ajoutez à cela une pluie d’obus s’abattant de partout. Les toits et les plafonds de notre maison en reçurent plusieurs et les planchers furent troués en divers endroits.

Grâce à Dieu, aucun accident de personne ne fut à déplorer. Des explosions du même genre se reproduisant , nous descendîmes sous le préau. Nous n’y fumes pas seuls et plusieurs personnes vinrent nous y rejoindre. Nous crûmes prudent de conduire les enfants que le bruit affolait dans les caves de la Cure et nous allâmes deux chez les Sœurs les aider à se réfugier aussi à la Cure.

On se réfugie dans les villages voisins

« Vers 4 h. du soir, comme le danger persistait, nous nous décidâmes à faire comme une bonne partie de la population et nous partîmes dans les villages voisins pour essayer d’y passer la nuit. Le 19, de bon matin, nous étions de retour mais , en face la persistance du danger , il fallut reprendre le chemin du village. Le soir étant revenu, la fréquence des détonations et leur forme ayant diminué sensiblement, la moitié de la communauté se décida à rester la nuit à l’école. La nuit se passa sans trop de secousses.

On se mobilise pour réparer les dégâts

Au matin les reste de la communauté revenant et tout danger imminent semblant écarté, nous décidâmes bravement de nous mettre à réparer les dégâts réparables. On monta sur le toit, on s’arma de marteaux , de clous, de tournevis et en trois jours nous avons pu mettre un certain ordre à toutes choses. Il va de soi que les grosses réparations sont renvoyées aux vacances. Nous avons surtout balayé les platras, posé de nouvelles vitres, au nombre de 215 et consolidé portes et fenêtres.

Tous les Frères ont fait preuve , pendant ces jours de réels dangers, d’un grand sang-froid et je ne sais comment manifester mon admiration pour leur dévouement à remettre le moins mal possible la maison en état de rouvrir ses portes aux élèves. »

Fr. Frument Jérôme Fournier

On peut ajouter que le Frère Directeur, contremaître dans une usine pendant la guerre, à la suite de sa blessure , est tout à fait l’homme de circonstance et nul ne doute qu’il ne mérite tout le premier les compliments.

( Cf. Le Petit Juvéniste de sept. 1923, p. 430 )