Fr. A. Pfleger : Le choucas de Monastir

Comment se débarrasser de ces hôtes envahissants

Après la grande guerre, dans Monastir les choucas sont les maîtres. Ils ont leur quartier général dans les ruines qui sont aussi nombreuses que les maisons reconstruites. C’est un vrai fléau. Quand ils s’abattent sur un verger, les arbres son dépouillés de leurs fruits en quelques minutes.

C’est ainsi que le pauvre Père Curé est impuissant à la cueillette de ses cerises. Désespéré, il va demander conseil au Frère Pierre
« Si vous voulez attraper ces sales bêtes, il faut vous y prendre en hiver. Tous les matins jetez un peu de maïs dans la cour. Les choucas viendront sûrement et lorsqu’ils seront habitués, un beau jour vous n’en mettrez pas , et ils seront attrapés… »

Parmi ces oiseaux il y en avait de célèbres…

  • Il y en a un qui loge juste en face de l’école. Chaque matin il passe avec son grelot au cou.
  • Un autre a une plaque d’identité fixée à une patte par une chaine. Avant de s’envoler il prend la plaque dans son bec.
  • Un troisième n’a qu’une patte.
  • A un quatrième on avait raccourci le bec. Disparut un certain temps, il reparait un jour. A cette époque la France déplorait la disparition de Coli et Nungesser. C’est pourquoi le corbeau à bec ébrèché fut nommé Ningesser…

Pour éloigner des bêtes indésirables, le Frère Clémentien en attrape un et le pend à un arbre. Ses collègues viennent manifester bruyamment et descendent assez bas pour essayer de le délivrer…Résultat : ce lieu de torture inspire une crainte pour un temps.

Une autre fois, le même Frère met au fond d’un cornet en papier un peu de viande et de la colle au rebord du cornet. Le malheureux choucas qui s’y laisse prendre tournoie en l’air, se cogne contre les murs, pique droit vers le sol jusqu’à complet épuisement.

C’est cruel ; mais il n’y a pas d’autres moyens pour ce débarrasser de ce fléau…

fr Albert Pfleger

Extrait des Mémoires de Fr. Hilaire Détraz, (1980)