Le retour au pays - L’Ecole catholique du Valentin à Lausanne

L’école de Lauzanne ne sera pas fermée, comme il avait été décidé. La chorale. Une construction est réalisée grâce au don d’une bienfaitrice. - Mémoires du F. Charles Bonnet (suite)

A travers la Hollande et la Belgique, nous regagnons Paris le 12 juillet non sans avoir vu à Bruxelles pour un dernier adieu les 2 Belges rapatriées des Russes. C’est certainement un tournant dans ma vie : je dois un peu de reconnaissance à cette jeune fille honnête et pure. Peut-être pourrait-on ajouter que l’organisation de ces camps de rapatriement a été faite souvent par des anciens volontaires LVF déguisés en prisonniers pour éviter d’être reconnus, étant donné qu’en France ces gens-là étaient condamnés à mort.

Rentré à St Genis-Laval, je fais retraite, renouvelle mes voeux et suis envoyé au Pensionnat Immaculée Conception du Russey. Je m’intègre très vite dans le groupe « prisonniers » comme acteur ; au Collège sous l’impulsion du Frère Alexandre Burquier nous montons des pièces de théâtre d’envergure où l’on accourt de partout. La dernière fut la passion du Père Damien, missionnaire chez les lépreux. Ce fut l’apothéose.

En fin d’année, nous partions au second noviciat de st Quentin-Fallavier sous la houlette du Fr. Régis-Aimé et du F. Colin. Un bain de jouvence. Je conserve encore l’allocution finale que je dus composer pour faire plaisir à mon ancien condisciple de juvénat, F. Colin.

En Suisse : responsable de l’Ecole catholique
du Valentin à Lausanne

En fin de noviciat, Frère Beaupertuis, Provincial était remplacé par le Frère Fréléchoz. C’est donc à ce dernier que je m’adressai pour mon futur poste. A ma grande surprise, je suis nommé responsable de l’Ecole catholique du Valentin à Lausanne. Mais avant de partir, je dois voir le Révérend Frère. Celui-ci me reçoit et m’annonce que le Conseil Général a voté la fermeture de cette école suisse, mais qu’un sursis est accordé. Je devrai étudier les raisons d’être de cet établissement et faire mon rapport en décembre au Supérieur Général.

En décembre, je rends compte et dis au Supérieur, R.F. Léonida :
« Mon Révérend, si vous fermez Lausanne vous devez aussi fermer vos écoles de Mission. L’école du Valentin est en terrain missionnaire, car la population catholique étant fortement minoritaire, pas même 30%, a besoin d’un centre de Formation culturelle et évangélique pour sa classe la plus pauvre. »

Ainsi le Conseil Général revint sur sa décision.
Ceci n’était que le premier épisode d’un combat de neuf ans pour valoriser l’influence de ce milieu scolaire mais aussi et surtout pour donner une habitation décente pour les 11 Frères que nous étions. Mes prédécesseurs, Frères Chapuis, Saint-Marc, Vamay, Jamet avaient vieilli à la tâche. Parmi eux, les Français n’ayant pas fait la guerre étaient considérés en France comme insoumis. C’était une tare indélébile sur le plan humain, alors qu’ils avaient gardé leur foi solide et assuré leur devoir de maîtres chrétiens avec un mérite exemplaire.

Les Petits chanteurs de Notre-Dame

Un an après je recevais Frère Baechtold, d’Alger, pour remplacer F. Varmay. Nous créons une chorale mixte qui aura son renom. Ce sera la première chorale d’enfants en Suisse non rattachée directement à une église, ce qui ne nous empêchait pas d’animer les cérémonies religieuses, mais nous avions une liberté plus grande pour manifester extérieurement la vitalité de notre école : les Petits chanteurs de Notre-Dame. Ils avaient été choisis pour représenter la Suisse à un Congrès des chorales à Nice. Notre faiblesse en finances nous a empêchés de répondre à ce choix.

Notre chorale a été aussi la première à prendre part à un grand concert public en la cathédrale protestante de Lausanne et à assurer la partie floklorique qui a suivi ce concert. Nous avions toujours une place d’honneur dans toutes les manifestations de la ville. Pas mal pour la minorité catholique, d’ailleurs très agissante. L’équipe de parents nous était d’un grand secours et n’a jamais rechigné à nous aider dans nos manifestations publiques ou privées. Nous étions officiellement reconnus.

Mais le point noir restait le logement des Frères.
Nous vivions 10 Frères sous les toits avec une pierre d’évier, un robinet pour la toilette et un WC. Pas très chaud en hiver, une étuve en été : les Economes généraux s’ils étaient vivants pourraient témoigner, puisque chaque mois ils nous rendaient visite. Notre Frère Crevoizerat, cuisinier, était connu dans tout le quartier comme le saint Frère. Que de gestes généreux il y aurait à citer en notre faveur : tout le monde savait notre modeste traitement : 100 F par mois par Frère instituteur. Mais nous étions heureux et formions une équipe vraiment fraternelle et religieuse.

Chaque mois m’arrivait un don de 50 F par l’intermédiaire d’un ancien élève. Plus tard j’appris que ce don mensuel nous était envoyé par une généreuse donatrice qui, par de multiples dons discrets, voulait racheter l’âme de son mari décédé et peu pratiquant. C’était un important vigneron du Bordelais retiré en Suisse.

Une généreuse donatrice

Noël 53, je pense, je rends visite à cette dame, si discrète et durant des heures nous parlons de notre vie de Frères, de l’école, des prêtres, etc. Avant de la quitter, elle me dit :
"Pour que je n’oublie plus, je vais vous donner pour l’année

et elle me glisse la somme de 1.200 F au lieu de 600 F prévus auparavant. En février, cette généreuse personne s’éteignait, connue seulement de quelques amis, tant elle faisait le bien sans éclat. Mais dans son testament, elle destinait une somme de 220.000 F pour l’école des Frères du Valentin + 220.000 F pour les vieux prêtres du diocèse. Madame Gibert eut un enterrement de « pauvre de Yahveh ». Je n’appris que trop tard son décès.

Ce don perçu par le curé me donna un argument de valeur. Je mis au courant de ce legs le directeur de l’Enseignement, Mgr Marmier puis Mgr Charrière, évêque. Celui-ci intervint auprès du Conseil de paroisse pour que soit respecté le voeu réel de la donatrice.

Et c’est ainsi que des plans par les constructeurs d’églises, l’Architecte Adate, furent dressés pour la construction d’un bâtiment pour loger les Frères, tel qu’on peut le voir actuellement.

Ma mission était accomplie, mais il avait fallu 9 ans de lutte pour en arriver là. Un troisième acte allait s’accomplir. J’avais toujours plaidé pour que le responsable soit un Frère suisse et c’est ainsi que je fus échangé avec le Frère Fracheboud de la Province de l’Hermitage et que je me retrouvai au Pensionnat de Valbenoîte.

Mais je laissai à Lausanne un peu de mon cœur, beaucoup d’amis, l’œuvre pouvait prospérer dans de meilleures conditions.

(Mémoires inédits de fr Charles Bonnet)

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