H. Détraz : Une chaude alerte causée par les « Comitatjis » Albanais.

Une population très mêlée : un état permanent de luttes intestines de village à village.

Le dictionnaire donne du mot Macédoine la définition suivante : « mets composé de toute sortes de fruits ou de légumes coupés en morceaux » et au figuré : « Amas de choses disparates ».
C’est tout à fait ce qu’était la région appelée Macédoine et qui sous le régime Ottoman comprenait le Sud de la Yougoslavie actuelle , une partie de la Bulgarie et une zone indéfinie du côté de la Grèce et de l’Albanie . On trouvait là un ramassis de toutes les races : Turcs, Grecs, Serbes, Albanais, Bulgares, Roumains.

Des populations diverses qui s’entremêlaient et formaient une vraie macédoine

Sans occuper un espace limité où chacun aurait pu se cantonner , s’organiser, s’administrer, vivre en un mot selon sa langue, sa religion, ses mœurs et ses coutumes, les populations diverses s’entremêlaient et formaient une vraie macédoine. Cet imbroglio inextricable était le résultat du brassage permanent de 2000 ans d’invasions, de passages, de guerres. Chose surprenante , chacun gardait jalousement son identité par complexe d’autodéfense contre les voisins. En conséquence : un état permanent de luttes intestines de village à village. Et ce n’était pas des escarmouches mais de véritables massacres de villages entiers.

L’occupant ne s’en inquiétait guère ; il y avait même avantage de maintenir son régime par la division de ses sujets. Cette guerre civile atroce ne cessa pas complètement avec l’arrivée des Serbes. Elle s’atténua néanmoins , mais il en reste des traces jusqu’à nos jours Puisque cette région est encore la pomme de discorde entre la Yougoslavie, la Bulgarie et l’Albanie. Ces quelques explications permettront de comprendre un peu le fait suivant qui pourrait paraître invraisemblable dans nos pays.

Une nuit de 1927, une attaque des « comitatjis »

Une nuit donc de 1927, nous sommes subitement réveillés par un bruit assourdissant de mitrailleuses et de canons. Que se passe-t-il ? Personne n’ose sortir de chez lui. La fusillade dura tout le reste de la nuit. Cela semblait venir d’un quartier de la ville.
Au petit matin, tout s’apaisa et l’on put aller aux nouvelles. On nous dit que la veille , à la tombée de la nuit, une forte bande de comitatjis Albanais avait pénétré en ville, occupé tout un quartier et massacrait tout ce qui résistait.
La garnison serbe aussitôt alertée encercla le quartier et fit feu de toutes les armes pour réduire le bastion des rebelles. Devant le nombre et un armement puissant , les Albanais durent abandonner la place et se retirèrent en bon ordre dans les montagnes sans que les Serbes aient osé les poursuivre.

Fr. Hilaire Détraz, extraits de ses Mémoires (1980)