Mémoires du F. Charles Bonnet (suite) - Octobre 1936, la Côte-St-André, 1939, la guerre

A la Côte-St-André nous formions une fameuse équipe - 28 aoüt 1939. Mobilisation générale. Je rejoins le 5e B.D.P.à Lyon.

En octobre 1936, je fus envoyé comme instituteur dans le pensionnat St François, nouvellement créé à LA COTE-ST-ANDRE. J’y trouvai le Fr. GUlLLAUD, Directeur, et les Frères BOIS, HILD, BERJON et GUIGUE. Nous formions uns fameuse équipe, bien soudée, et qui se retrouvait souvent le dimanche matin, après la messe à l’autre école libre tenue par deux Frères plus âgés, mais restés jeunes : les Frères AMBLARD et FRECHET. Que de « Saint-Marcellin » (fromages) nous avons dégustés en leur compagnie, mais aussi, quel bel esprit de famille chez ces Anciens !

Nous avions de bons amis, en la personne de l’Abbé FEUGIER, curé, et de M. EMPTOZ, dentiste. C’est d’ailleurs ces deux personnes qui étaient à l’origine de la fondation de l’école : le deuxième apportant la finance, le premier, l’idée et la ténacité. Longtemps avant 1903, les Frères Maristes avaient ouvert une école à LA COTE SAINT ANDRE, au lieu-dit « le Château ».

La localité comptait avant 1903, 4 écoles libres, et un petit séminaire. Tous les locaux de ces établissements furent confisqués au profit des établissements de l’enseignement public.
Depuis, les écoles libres avaient reconstitué leur effectif dans de nouveaux locaux, il manquait un internat de garçons. Le curé Feugier, M. Emptoz et M. De Latour, vinrent trouver à St Genis le Provincial d’alors M. BEAUPERTUIS. Celui-ci, après une longue discussion et à bout d’arguments, ne cessant de dire non, quitte son bureau, laissant tout seuls ses trois visiteurs. Une heure après, pensant les trois Côtois partis, Frère Beaupertuis gagne son bureau et qui voit-il ? … les trois demandeurs toujours là. Le curé Feugier déclare alors : « Nous ne partirons que lorsque nous aurons des Frères » . Ce qui fut fait … Quelque peu rigide, le Supérieur avait quelque faveur, nous le savions. Aussi, faisions-nous passer nos demandes par le Fr. favori, ce qui réussissait toujours.

LA GUERRE 1939

28 aoüt 1939. Mobilisation générale. Je rejoins le 5e B.D.P.à Lyon, avant d’être expédié en avant-garde à la frontière belge. Nous faisons la navette, suivant les événements entre VERVINS et REVINS. Notre logement dans les granges ou chez l’habitant, me permet de venir en aide à plusieurs personnes âgées en leur procurant du charbon. J’interviens également pour un camarade porté déserteur par amour : absent durant plusieurs jours, il nous revient avec sa fiancée. Grâce à l’épouse du colonel, il ne sera puni que légèrement.

En dépit des difficultés, nous réussissons à organiser quelques réunions pour le mois de Marie : plusieurs officiers y assistent avec leurs hommes. Notre colonel obtient un jeune prêtre, récemment ordonné, comme aumônier du régiment. Inactivité dangereuse, contre laquelle on réagit de notre mieux par des exercices de radio et du chiffre. C’est ainsi que je deviens radio-chiffreur du régiment avec comme adjoint un huissier du PUY EN VELAY.

10 juin 1940.

Alerte. Nous rentrons « triomphalement » en Belgique : accueil chaleureux de la population. Nous prenons position en avant de la Meuse, sur la ligne Rochefort-Jemel où deux jours plus tard nous faisons retraite avec les Allemands sur nos talons : un escadron à cheval a été fait prisonnier dès l’attaque. En effet, les chevaux groupés sous les arbres, à la garde d’un ou deux hommes, se sont débandés et ont pris le mors aux dents dès la chute des premières bombes ou mitraillades.

Les cavaliers à pied, face aux blindés allemands n’ont rien pu faire. Nous repassons la Meuse à Dinant et dressons une barricade à quelques kilomètres en arrière. Grâce au canon de 25 mm qui nous reste, nous clouons sur place les premiers chars ennemis, mais nous subissons un bombardement intensif tous les quarts d’heure. Le colonel appelle au secours au quartier général : ordre est de tenir coûte que coûte. A la nuit, nous nous replions sur l’Aisne. Au cours de ce repli, le colonel sera tué et son officier d’ordonnance blessé gravement. Quelques jours plus tard, nous sommes prisonniers le 18 juin 1940.

(Mémoires inédits de fr Charles Bonnet)

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