Mémoires du F. Charles Bonnet (suite) - La captivité (1)

Un calvaire : Je mange des pissenlits, des topinambours crus pour survivre. Mais, le plus terrible, c’est encore la soif.

Dans la ferme où l’on nous parque, nous sommes salués par nos généraux Darras et Moulin, je crois, qui viennent nous serrer la main et nous obtiennent de l’eau de la part des sentinelles. Le lendemain, par marches forcées, sous un soleil de plomb, sans nourriture ni boisson, nous nous dirigeons vers l’Allemagne, via la Belgique.

Un calvaire : Je mange des pissenlits, des topinambours crus pour survivre. Mais, le plus terrible, c’est encore la soif. Le moindre point d’eau, quel qu’il soit, est pris d’assaut, sous les coups de crosse de nos gardiens. Mais je garde le moral, et je crois que jamais je n’ai aussi bien appelé à l’aide le Seigneur.

A Magdebourg, nous campons dans la boue d’une tuilerie, sous la pluie. Mais j’ai la surprise de me trouver nez à nez avec Frère MATHERN, en tenue de zouave, et comme moi, prisonnier. L’orage nous sépare, nous ne nous reverrons que 5 ans plus tard, à St Genis, lors d’une retraite.

Transport en train, arrêt à Trèves.

On nous gratifie d’une boule de pain pour 2 : ce qui ne nous annonce rien de bon. Voyage en wagon à bestiaux, dans une promiscuité épouvantable, incapable de s’allonger, aucune hygiène, eau excessivement rare, comme les arrêts enfin, un Stalag HIB FURSTENBERG, où nous sommes mis à nu, douchés, immatriculés et envoyés au camp de KUSTRIN s/ODER.

Entassés dans des wagons à bestiaux, sans eau, avec une boule de pain pour 3, au moins, sans hygiène et presque sans air, dans l’impossibilité de s’allonger tous en même temps : le transport entre les deux camps fut un calvaire pour tous, le débarquement, un soulagement, malgré la vision des barbelés et d’une plaine immense, inculte, où l’humidité suintait de partout, végétation presque nulle : le camp est établi loin de la ville.

Le moral reste bon.

Nous sommes distribués sous trois tentes, où la chaleur du jour nous étouffe. Nous essayons de nous organiser. Nos gardiens interdisent de communiquer entre les tentes, j’obtiens la faveur d’une messe pour tout le camp, le 15 août : un prêtre allemand et deux enfants de chœur célèbrent. Les autres dimanches, nous nous rassemblons auprès de la tente, et par signes, nous communiquons, de sorte que l’office de prières s’exécute en même temps devant les tentes, à la grande stupéfaction de nos gardiens qui n’interviennent pas, et des gens du voisinage attirés par les chants. N’est-ce pas extraordinaire de voir des prisonniers chanter, malgré les conditions d’hygiène détestables.

L’ingéniosité française se fait jour. Avec un séminariste de Valence, l’Abbé Barre, nous recomposons des cantiques et les prières de la messe, mais comment les reproduire et les communiquer. Avec des camarades, nous montons, non pas une imprimerie, mais un groupe de copieurs. Nous ramassons les sacs de ciment ou de chaux vides, et avec les bons morceaux, nous constituons de petits carnets reliés à l’aide de la ficelle blanche qui fermait les sacs.

Ainsi, petit à petit, nos rassemblements prennent forme et sont très suivis et variés. Le dimanche après-midi, nous nous réunissons dans une tente vide, soit pour dire le chapelet, soit pour méditer le Chemin de la Croix, ou discuter spiritualité.

(Mémoires inédits de fr Charles Bonnet)

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