A Valbenoîte, un terrible accident de voiture …

Long séjour à l’Hôpital Edouard Herriot à Lyon. Convalescence en Normandie - Mémoires du F. Charles Bonnet (suite)

A St Etienne, j’assumai la charge de préfet de division des 11 classes primaires, plus des cours en CM2.

A Pâques 1958, un terrible accident de voiture me jette dans le coma pour plusieurs jours, quatre fractures du crâne et 5 mois d’incapacité de travail.

De mon court séjour à l’hôpital Edouard Herriot (15 jours) il me revient en mémoire, 3 faits que j’hésite à conter, craignant d’y mettre trop de moi-même.

A l’hôpital Edouard Herriot

A la sortie de mon coma de 3 jours, j’aperçus près de moi un malade qui semblait souffrir : on venait de lui faire l’ablation de la jambe droite au-dessus du genou : un beau jambon frais lorsqu’on le découvrait pour les soins. Chaque jour, son épouse lui rendait visite s’essayant à calmer ses appréhensions et offrant des gâteries.

Or, le dimanche suivant dans l’après-midi vinrent lui rendre visite son fils et les enfants, l’un d’eux en aube blanche de 1er communiant. Quelques minutes plus tard, mon frère prêtre rentrait à son tour dans la chambre et venait m’embrasser. Etonnement du groupe puis exclamations joyeuses, poignées de mains chaleureuses : c’était mon frère qui avait préparé le garçon à sa rencontre avec Jésus. Depuis ce moment, je devins un familier et eus droit journellement aux gâteries de l’épouse et devins un soutien moral plus actif.

En fin de semaine, on me demanda si je voulais être installé en salle commune et avec mon compagnon ; on avait besoin de chambre d’isolement. J’acquiesçai aussitôt : enfin des visages nouveaux ! Salle commune très vaste avec 34 lits au moins disposés tout autour avec de grands malades : 2 cul-de-jatte, 2 autres unijambistes attendant en gémissant l’ablation de la 2e jambe, un troisième en instance d’opération d’une artère près du cœur, un quatrième paralysé des membres mais encore conscient. Les autres : fracture du crâne ou traumatisme crânien.

Rapidement, je fis le tour de la salle en l’absence de l’aide soignante, personne âgée et grognon, peu serviable pour les clients. Mon camarade de chambre avait été placé perpendiculaire à moi, ce qui me permettait de lui faire quelques sourires d’encouragement. Or, deux jours après notre arrivée, j’eus à intervenir en sa faveur. Il souffrait, c’était visible, mais ne se plaignait pas, n’osant déclarer son mal. Je le questionnai longuement et en fin de soirée, il m’avoua ne plus uriner depuis deux jours. Immédiatement, j’alertai l’infirmière, dévouée, charmante et très douce pour nous tous. Mais c’était l’heure de la relève et son mari l’attendait.

Elle me dit vouloir mettre un suppositoire pour la nuit. Sur mon insistance, elle finit par consentir de placer une sonde. Un liquide épais, nauséabond vida la vessie du pauvre homme et le soulagea aussitôt. S’il avait pu, il m’aurait sauté au cou. Je félicitai et remerciai chaleureusement l’infirmière pour son intervention et lui souhaitai bonne nuit.

Mon autre voisin de lit était un jeune - traumatisme crânien pas trop grave- dessinateur de son métier. Chaque jour, vers 12 h 30, il recevait autour de son lit de charmantes collègues de bureau. L’une d’entre elles semblait être la préférée, si bien que les autres restaient peu, se sentant de trop, jusqu’au jour où elles apprirent mon identité et furent fort surprises : j’éclatai de rire à l’annonce de mon identité et me mêlai rapidement à la conversation. Le lendemain, elles n’étaient que deux : la préférée et une autre fort jolie, ma foi, mais rapidement « hors confidence ».

"Offrez votre sourire, votre fraîche
beauté et allez-y de ma part"

Se tournant vers moi, je liai conversation en la « chahutant » délicatement sur sa position inconfortable. Petit à petit, la causette devint plus sérieuse et je lui parlai du jeune homme qui, à l’autre bout de la salle, nous dévisageait en me faisant des signes. Je l’invitai à lui rendre visite, insistant sur le fait que le malade venait de Gap - gravement blessé au pied et surtout sans famille- étant Italien. Je fis ressortir combien le voisinage d’une si jolie personne comme elle pourrait faire plaisir et compenser l’absence d’amis véritables. Elle refusa sous prétexte qu’elle ne le connaissait pas, qu’elle n’avait rien à donner. « Offrez votre sourire, votre fraîche beauté et allez-y de ma part ». C’est ce qu’elle fit un peu gênée et rougissante …

Ils eurent une conversation aussi longue que celle de mon voisin avec son amie. Après leur départ, une exclamation fuse de la bouche du jeune homme : "C’est encore un coup de l’Abbé !! (C’est sous ce nom que je suis connu !)

Le lendemain, la jeune fille revint avec gâteries et cigarettes et, sans gêne aucune, alla directement à son malade.

Une altercation avec l’aide-soignante

Un matin, à la distribution du petit déjeuner, je me levai pour faire manger le monsieur paralysé total qui attendait une aide. L’aide-soignante survint à ce moment, m’intimant l’ordre de me recoucher. « Quand j’aurai fini mon service » répondis-je. Une altercation très vive surgit entre nous. Je lui reprochai son manque d’assistance à ce malade, laissant refroidir régulièrement son café au lait et que si cela devait continuer, j’interviendrai auprès du médecin-chef, le professeur Wertheimer que je connaissais pour avoir soigné mon père.

Elle me quitta de fort méchante humeur, mais pour un peu, s’ils avaient osé, les malades auraient applaudi. L’infirmière chef eut vent de la chose et vint me supplier de n’en rien faire car c’est elle qui serait tancée et que d’autre part il était très difficile de trouver des aides-soignantes capables. Je répondis que pour la remercier de sa gentillesse, de son dévouement, je ne ferai rien pour la gêner. Le samedi suivant, je quittai l’hôpital, après avoir salué tous mes amis malades. Mon vieux compagnon de misère avait les larmes aux yeux et regrettait fort mon départ, se sentant un peu plus isolé.

Convalescence en Normandie

A cette occasion, je rends hommage à mon frère François (visiteur médical) et à sa femme (médecin) et à la mère de celle-ci pour le soutien moral et médical qu’ils m’ont apporté dans ce passage difficile de ma vie. Ils m’offrirent l’hospitalité de leur maison en Normandie, non loin de la mer pour ma convalescence. Ce repos me fut bénéfique et me redonna tout mon tonus. L’éloignement de ma communauté me fut profitable en ce sens que je fus sevré totalement de visites de Frères et amis qui, en la circonstance, auraient gêné ma guérison. En effet, j’étais paralysé de la face et de la mâchoire, je marchais courbé avec l’aide d’une canne en raison d’une perte d’équilibre. Le calme complet en Normandie me remit d’aplomb et j’en remercie mon frère et sa famille. Je repris du service en Octobre à la grande satisfaction de mon directeur, le Frère Michel.

(Mémoires inédits de fr Charles Bonnet)

-→ Pour lire la suite