Cardinal Martini : Comment dois-je faire face à des gens d’une autre croyance ?

Si tu veux pénétrer dans un autre monde religieux, tu as besoin d’un ami qui t’y accompagne - « Notre Eglise a des faiblesses. Le sachant, nous nous unissons et nous fortifions mutuellement. » (C. M. Martini, Le rêve de Jérusalem, extraits)

Cardinal Martini, le rêve de Jérusalem

Tout d’abord, il est opportun de demander à l’autre ce qui, dans sa religion, est important pour lui. Par ailleurs, tu peux aussi t’informer, en lisant de bons livres, sur l’islam, le judaïsme, les religions d’Extrême-Orient. Fais-toi inviter pour une prière chez ton interlocuteur ; emmène-le un jour, à son tour, à ton office religieux.

Si tu veux pénétrer dans un autre monde religieux, tu as besoin d’un ami qui t’y accompagne. Cela ne va pas t’éloigner du christianisme, mais au contraire approfondir ton identité chrétienne. N’aie pas peur de ce qui est étranger.

Carlo Maria Martini, Le rêve de Jérusalem, p.45

Pourquoi êtes-vous catholique romain ? Ne pourrait-on pas changer l’Eglise lorsqu’elle est usée, je dirais presque périmée ?

Je suis catholique ; mes parents étaient catholiques, ils m’emmenaient à l’église. Il aurait pu en être autrement. Tout comme les relations dont il nous est fait don. C’est le hasard ou le destin. Lorsque tu es entraîné dans une confession, viennent des épreuves. Lorsque tu deviens adolescent ou adulte, tu dois décider de ce que tu veux vraiment. Certains changent leur appartenance ou encore – et c’est dommage -, ils la réduisent à rien.

Au cours de ma longue vie, j’ai rencontré de nombreuses Eglises et communautés religieuses différentes. Dans beaucoup de communautés religieuses qui me sont étrangères, j’ai trouvé des connaissances et des amis, y compris dans le judaïsme et l’islam. Mais cela ne m’a jamais inspiré l’idée que je ne voulais plus être catholique. Au contraire, plus je fréquente les autres, et plus j’aime l’Eglise. Je ne puis que recommander de rechercher le contact avec ceux qui ont d’autres croyances. Ils te demanderont : Pourquoi es-tu catholique ? Un musulman te demandera pourquoi tu es chrétien. Dès lors tu chercheras une réponse et tu donneras un témoignage. Tu te réjouiras d’être catholique ; tu te réjouiras tout autant de savoir que l’autre est évangélique ou musulman. Ces différentes familles spirituelles sont là afin qu’une aide soit fournie au plus grand nombre d’êtres humains pour qu’ils puissent trouver une patrie auprès de Dieu. Les communautés religieuses servent à construire les êtres humains et à les fortifier, à les emmener sur le chemin vers Dieu.

Comme toute relation, notre appartenance à l’Eglise a ses hauts et ses bas.

Nous marchons avec l’église sur une même voie. « Catholique » veut dire « universel ». C’est une invitation faite à tous. « Evangélique  » signifie que l’on vit sur la base de l’Evangile. Là encore, nous sommes tous invités à participer. « Orthodoxe » exprime le fait que l’on pense de façon juste. Nous sommes à la fois orthodoxes, évangéliques et catholiques ; tout chrétien peut revendiquer cela pour lui. Néanmoins chacun de nous fait partie d’une certaine famille qui se distingue des autres.

La famille est importante.
Nous n’avons pas le droit de fuir lorsque des difficultés se présentent. C’est alors que les choses deviennent intéressantes et que chaque individu est important. Une Eglise vieillissante a besoin d’urgence des jeunes qui la rendent forte. L’Eglise a besoin de moi et de toi, cela est humain et sympathique, peut-être qu’une Eglise pompeuse ou puissante. Notre Eglise a des faiblesses. Le sachant, nous nous unissons et nous fortifions mutuellement.

Carlo Maria Martini, Le rêve de Jérusalem, p. 53