C’est contre un catholicisme athée que vous dressez vos réquisitoires

L’ennemi - « l’infâme » de Voltaire - que vous pourfendez n’est pas le christianisme mais sa version distordue, instrumentalisée.

Or, ce catholicisme sermonneur et conservateur auquel se référait l’auteur de L’Enquête sur la monarchie demeure très présent dans la société française. Bien longtemps après la condamnation de Maurras et de l’Action française en 1926 par Pie XI, une fraction non négligeable des catholiques français continue d’adhérer tacitement à ses thèses : celles qui définissent un catholicisme quasi athée. Quand on gratte le vernis d’une certaine culture catholique, on retrouve la trace de ce maurrassisme. C’est d’ailleurs contre lui que se polarise l’antichristianisme contemporain et c’est la raison pour laquelle il me laisse sans voix.

Aux pourfendeurs du « cléricalisme » ou de l’« obscurantisme », j’ai envie de répondre : vos dénonciations et vos colères ont été formulées depuis longtemps de l’intérieur même du christianisme. Relisez Léon Bloy, Marc Sangnier, Charles Péguy, Maurice Blondel, Emmanuel Mounier ou, plus près de nous, Maurice Clavel, Jacques Ellul, André Mandouze ou Maurice Bellet, pour n’évoquer que quelques noms, et vous verrez qu’ils ont été bien plus loin que vous sur ce terrain. L’ennemi - « l’infâme » de Voltaire - que vous pourfendez n’est pas le christianisme mais sa version distordue, instrumentalisée. C’est contre un catholicisme athée que, sans le savoir, vous dressez vos réquisitoires.

J.C. Guillebaud, « Comment je suis redevenu chrétien » p. 123