L’Exclusion, un voyage au bout de l’enfer

Ils ont tellement perdu le contact avec le monde que le délabrement tragique de leur corps ne suscite chez eux ni affolement ni inquiétude. On les appelle les grands exclus.

L’exclusion peut-elle être vaincue ? (p. 15)

Si l’exclusion est un voyage au bout de l’enfer, ceux-là sont arrivés. On les appelle les grands exclus. Ils ont tellement perdu le contact avec le monde que le délabrement tragique de leur corps ne suscite chez eux ni affolement ni inquiétude. Ils peuvent présenter des lésions effarantes, des plaies monstrueuses, et ne jamais s’en préoccuper. Ils ne demanderont rien. Et c’est pourquoi le SAMU social, conçu comme un service d’urgence et de sortie de l’urgence, essaie de les approcher et de les secourir.

La notion de réinsertion, appliquée à eux, n’est qu’une lointaine utopie.

Au moins pouvons-nous - et devons-nous - les traiter comme les hommes qu’ils sont, réintroduire la part du jeu social montrant qu’ils occupent une place dans les échanges humains. Les regarder, leur parler, leur dire « monsieur », les vouvoyer, leur donner la main. Faire preuve de respect, de considération, comme on le fait lorsqu’on rencontre une personne inconnue. Ne pas s’arrêter à l’aspect agressif ou repoussant dont ils usent pour nous tenir à distance. Franchir, au contraire, les barrières et les no man’s land, s’approcher afin de renouer l’humanité. User de politesse. La politesse a été la nécessaire réponse de la société pour que les hommes vivent ensemble, en introduisant une hiérarchie symbolique de déférence , afin d’éviter la barbarie.