Les fruits spirituels de l’apparition

Il est certain que des conversions se produisent en des lieux de fausses apparitions, que nombre de fidèles y trouvent des grâces de paix, de réconfort, de réconciliation.

Le critère des fruits spirituels de l’apparition - fréquemment avancés comme preuves de l’authenticité de celle-ci - est particulièrement délicat à manier. Il est certain que des conversions se produisent en des lieux de fausses apparitions, qu’y fleurissent de réelles vocations, que nombre de fidèles y trouvent des grâces de paix, de réconfort, de réconciliation.

A ce qui peut sembler un paradoxe, Mgr Bernareggi, évêque de Bergame, répondait déjà dans le décret du 30 avril 1948 par lequel il déniait aux faits de Bonate tout caractère surnaturel :
« Nous n’entendons pas pour autant exclure que la Madone, invoquée avec confiance par tant d’âmes pieuses qui en toute bonne foi ont cru qu’elle apparaissait aux Ghiaie (di Bonate), ait pu concéder des grâces spéciales et même des guérisons non ordinaires, récompensant ainsi leur dévotion envers Elle ».

C’est la foi des croyants qui incline Dieu
à accorder ses grâces

En effet, c’est la foi des croyants qui incline Dieu à accorder ses grâces, et non le fait même de l’apparition, celle-ci serait-elle authentique. Et il est indéniable que des lieux d’apparitions aussi contestées que celles de Garabandal (Espagne, 1961-1965 : les apparitions font d’ailleurs l’objet d’une nouvelle enquête depuis 1988), San Damiano (Italie, 1964-1981 : apparitions condamnées en 1986) et, à l’heure actuelle, Naju (Corée du Sud, depuis 1985 : apparitions condamnées en 1998), réunissent de grands mouvements de fidèles dans une prière fervente et dans la pratique renouvelée du sacrement de la réconciliation, notamment. Aussi, des grâces - parfois remarquables - liées à la prière et aux sacrements sont-elles attestées.

Le cas de Medjugorje est le plus célèbre

Les apparitions ont été condamnées par Mgr Zanic et Mgr Peric, successivement évêques de Mostar, même si la conférence épiscopale de ce qui était alors la Yougoslavie ne s’était pas prononcée. La conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine devait reprendre le dossier mais l’a laissé pour le moment entre les mains de Mgr Peric, évêque de Mostar.
Le 17 février 2004, dans la déclaration, Mejugorje : secrets, messages, vocations, prières, confessions, commissions, Mgr Peric a conclu à la non-sur-naturalité du phénomène.
Les foules continuent cependant à se rendre en masse sur place. On pourrait rapprocher les grâces reçues à celles qui étaient obtenues au contact des fausses reliques à l’époque médiévale.

Ne pas faire l’impasse sur des fruits négatifs

Surtout, il importe aussi de ne pas faire l’impasse sur des fruits négatifs tels le fanatisme de certains adeptes de fausses apparitions qui, non contents de refuser tout dialogue ou toute critique constructifs avec ceux qu’ils n’hésitent pas à qualifier d’ennemis de la Vierge, ne reculent pas devant le mensonge, les campagnes de dénigrement et de calomnies contre ceux qui osent seulement émettre quelques réserves sur des faits dont ils se sont entichés.

On ne doit pas passer sous silence que des faits tels ceux de Medjugorje ont conduit des foyers à se diviser, des couples à se séparer, des personnes fragiles psychologiquement à quitter l’Eglise après un premier élan d’enthousiasme. On doit souligner, dans ce dernier cas comme dans plusieurs autres, la désobéissance des visionnaires aux directives de l’évêque diocésain, qui leur a demandé de ne plus se présenter en public comme voyants et de ne plus diffuser les messages.

Les divisions que les fausses apparitions
suscitent dans l’Eglise

Plus graves, les divisions que les fausses apparitions suscitent dans l’Eglise : relativement bénignes lorsqu’elles n’intéressent que des groupes rivaux qui se disputent le leadership des faits et des visionnaires - comme cela s’est produit à San Damiano ou à Garabandal -, elles deviennent dramatiques quand elles opposent aux évêques des groupes de dissidents menés par des prêtres et des clercs, qui se muent en véritables groupes de pression faisant appel à Rome contre les pasteurs légitimes des diocèses.

La division - signature du diable

Elles sont tragiques quand, au fil de dérives sectaires, elles aboutissent à la rupture de fait avec l’Eglise par la constitution d’Eglises parallèles schismatiques, comme cela s’est produit au Palmar de Troya - l’exemple le plus emblématique, avec son visionnaire Clémente qui s’est autoproclamé pape -, mais aussi à Andiran-le-Fréchou (France, depuis 1977 :une succursale d’El Palmar de Troya), comme à Ladeira do Pinheiro (Portugal, 1962-1975) qui visait à concurrencer Fatima, ou à Necedah (Etats-Unis, 1949-1950), à Sabana Grande (Porto Rico, 1953) et à Bohan-Mortsel (Belgique, 1967-1985), pour ne citer que quelques cas. En 2008, Mgr Gemma, évêque émérite d’Isernia et exorciste réputé, a dénoncé la division - signature du diable, Celui qui divise - comme le signe par excellence de la fausseté d’une apparition, n’hésitant pas à qualifier de diaboliques les faits de Medjugorje.

Les fruits spirituels d’une apparition se
mesurent sur le long terme

Les fruits spirituels d’une apparition se mesurent sur le long terme et après que celle-ci a cessé, conformément à l’avis du pieux pharisien Gamaliel, que rapportent les Actes des Apôtres :
« Si cette entreprise ou cette œuvre vient des hommes, elle se détruira d’elle-même ; mais si elle vient de Dieu, vous n’arriverez pas à la détruire » (Ac 5, 38-39).
A Lourdes, les fruits spirituels attestent, cent cinquante ans après les faits, leur origine surnaturelle, comme à Fatima et dans les sanctuaires suscités par d’authentiques mariophanies.

Le Figaro : « 1858-2008 : Lourdes, de Bernadette à Benoît XVI »

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