Qui nous séparera de l’amour du Christ ?

Pour faire vraiment nôtre cette parole, essayons de découvrir comment nous acheminer vers la conversion à laquelle nous sommes invités. (Homélie du P. Jean Dufour)

Pour faire vraiment nôtre cette parole, essayons de découvrir comment nous acheminer vers la conversion à laquelle nous sommes invités.

Le christianisme est, avant tout,
une rencontre entre personnes

Le christianisme, en effet, n’est pas d’abord une doctrine. Une doctrine est un rassemblement ordonné d’idées, un ensemble de pensées, une réflexion orientée vers l’action. Une doctrine est d’abord d’ordre intellectuel. Une doctrine, cela s’apprend, cela s’étudie.
Le christianisme est, avant tout, une rencontre entre personnes. La personne du Christ est au centre. Et tous ceux qui entrent en relation avec le Christ sont instantanément mis en relation avec tous ceux qui ont fait la même rencontre.

Un jour le Christ est devenu
quelqu’un pour nous

Pour la plupart d’entre nous, nous avons d’abord rencontré le christianisme à travers tout ce qu’on nous a dit de lui. Nous avons appris le catéchisme, nous avons appris les prières. En fait, tout ceci est de l’ordre de la doctrine.
Puis , un jour, de façon brutale ou patiente, à la manière d’un éclair fulgurant, ou comme une petite source qui grandit, le Christ est venu à notre rencontre. Il est devenu quelqu’un pour nous…
C’est alors qu’à proprement parler nous sommes devenus croyants. Nous avons ressenti intimement, sans pouvoir le comprendre, sans pouvoir, à plus forte raison, l’expliquer aux autres, nous avons ressenti que notre vie ne pouvait se poursuivre que dans ce lien d’amitié avec cette personne fraîchement reconnue et devenue soudain bien importante pour nous. Telle parole de l’Evangile que nous avions apprise pourtant, est devenue vivante, vraiment dite pour nous par quelqu’un dont nous avions certes entendu parler mais qui soudain devenait vivant.

L’épreuve peut alors nous séparer de Dieu.

C’est bien de cette relation que saint Paul nous dit : rien ne pourra la rompre. Avec l’un des exemples que donne saint Paul, nous voyons cela de plus près. Il prend le cas de la détresse et de l’angoisse. C’est bien vrai qu’une grande épreuve peut nous séparer de l’idée de Dieu. Cette contradiction effroyable entre un Dieu tout-puissant et l’épreuve qui nous tombe dessus alors que nous avons tant prié, oui, cette contradiction peut nous réduire à ce que nous appelons l’incroyance. L’épreuve peut alors nous séparer de Dieu.

Si Dieu a vraiment pris pour nous
le visage de Jésus …

Mais si Dieu a vraiment pris pour nous le visage de Jésus, alors tout peut changer. L’épreuve elle-même dans laquelle je sombre me rapproche de ce Jésus humilié, flagellé, crucifié, de ce Jésus qui, lui aussi, a supplié le Père que ce calice s’éloigne le lui.
La souffrance même peut nous faire ressentir un lien plus fort de fraternité avec ce Jésus qui est, pour nous désormais, le seul visage supportable de Dieu.
Ma souffrance peut alors, non plus me séparer de Jésus, mais bien me rapprocher étrangement de lui dans une solidarité d’amour qu’il a voulu lier avec les pires aspects de notre existence humaine, jusqu’à la mort même. Et peut-être que nous pourrons alors, par la force de cette amitié, laisser se dire en nous aussi la fin de la prière du Christ dont le début ressemblait si fort à notre prière. Avec lui nous nous surprendrons à dire : non pas ma volonté, mais la tienne !

C’est vrai que l’amitié et l’amour nouent des liens que rien ne peut détruire. Nous comprenons l’explosion de joie de saint Paul : en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. Comment lire dans ce contexte, la page d’Evangile qui nous raconte la multiplication des pains ? Tout simplement, sans doute, comme une invitation à nous laisser transformer par la découverte de cette personne aimante de Jésus qui nous montre un nouveau visage de Dieu.

Une seule image de Dieu compte désormais

Toutes les idées que nous nous sommes forgées d’un Dieu - gendarme, d’un Dieu juge, d’un Dieu maître d’école, etc.. - doivent s’effacer. Une seule image de Dieu compte désormais : celle de cet homme jeune qui, un jour, au bord du lac a eu pitié de la foule, l’a fait asseoir et lui a donné à manger. De ce Dieu qui, plus tard, lors de la résurrection de Jésus et par l’eucharistie, voudra devenir lui-même nourriture et joie au cœur de la vie des hommes. Dieu devient notre seule énergie, notre vie. Et cette vie, dès lors, est tellement fixée en lui que rien, absolument rien sinon notre mauvais vouloir, ne pourra jamais nous en séparer.

Père Jean Dufour, curé de St-Pourçain-sur-Sioule (Allier)
homélie pour le 18° dimanche du temps ordinaire