La virginité de Marie remise en question

À vrai dire, de graves interrogations ont aussi traversé la théologie mariale dans les années 1970.

À vrai dire, de graves interrogations ont aussi traversé la théologie mariale dans les années 1970 : la conception virginale de Jésus fut mise en cause, non point dans son sens, mais dans son fait, à l’instar d’ailleurs de sa résurrection.
On se souvient des débats soulevés autour du Catéchisme hollandais, qui avaient amené à la rédaction d’un nouveau texte. H. Küng avait lui aussi bruyamment pris parti pour ramener la conception virginale à un « symbole, jadis du moins chargé de sens ». Cette crise était intérieure à la réflexion christologique, mais elle atteignait inévitablement Marie. Étaient alors en question la réalité de l’humanité de Jésus et le rapport entre anthropologie et sexualité.

Ce débat, moins virulent actuellement, reste toujours latent, comme on le voit avec les prises de position d’Eugen Drewermann, qui reprend le dossier de manière très unilatérale, en lui ajoutant le point de vue psychanalytique.
Un ouvrage plus récent encore entend maintenir le rôle original et décisif du Saint-Esprit, tout en posant que Jésus a pu naître d’une union normale entre Joseph et Marie.
Mais ce débat a permis, comme celui qui a porté sur la résurrection, de clarifier une problématique extrêmement complexe et de mieux cerner à la fois le contenu et la portée de cette affirmation. À sa manière, il a montré que la virginité de Marie concernait d’abord le Christ et ne rejaillissait qu’ensuite sur sa mère : il a donc illustré un aspect de la théologie mariale intégrée.

Aujourd’hui, c’est la question de la virginité perpétuelle de Marie, en raison de la mention des frères et soeurs de Jésus dans les Évangiles, qui est davantage à l’ordre du jour.
Ce thème a défrayé la chronique française avec le premier livre de J. Duquesne , et a été repris dans un petit ouvrage de F. Refoulé. Le cas est délicat : il est bon de le creuser le plus possible au plan de l’histoire. Mais je crois pour ma part que personne ne peut, à ce plan, apporter de preuve apodictique de la nature exacte de cette parenté, ni pour dire qu’il s’agit de vrais frères ni pour dire que ce sont des cousins, parce que les Évangiles ne nous donnent pas les éléments nécessaires d’un tel jugement. C’est donc un point qui doit être jugé à l’intérieur de l’organisme de la foi, à la lumière des raisons doctrinales apportées par la tradition chrétienne.

( Bernard Sesboüé : « Marie », ce que dit la foi- page 50)